Yacob Mahi, professeur de religion islamique à l’Athénée royal Leonardo da Vinci à Anderlecht a-t-il manipulé ses élèves ? Était-il à l’initiative d’une pétition signée par ces derniers pour demander la démission d’un professeur d’histoire qui aurait exprimé ses opinions lors d’un débat après l’affaire Charlie ? On sait depuis quelques jours que ce débat et cette pétition auraient pu être à l’origine de l’agression à l’encontre du jeune Amadou qui, dit-il, a refusé de la signer. Le professeur Mahi nie ces accusations.

“Jamais il n’a été question d’une pétition […]. Jamais il n’y a eu de bagarres entre jeunes pour la question de Charlie Hebdo” se défend-il en condamnant les médias, les réseaux sociaux, les interprétations “orientées idéologiquement”, les “mensonges” d’Amadou et les “accusations mensongères d’adultes ingrats, irresponsables et utilitaristes”.

Les médias au service de la pensée unique

Dans une “lettre ouverte”, Yacob Mahi revient sur son passé, le justifie et condamne une fois de plus une “pensée unique”. Derrière cette polémique, explique-t-il aussi, on met en avant “un scénario où l’on donne l’impression de vouloir épargner la société d’un islamisme grimpant”, où l’on “entretient la logique de la peur pour stigmatiser une communauté de foi. J’ose espérer que les médias ne souhaitent pas accroître l’exaspération et la radicalisation des jeunes citoyens belges musulmans. Toute forme de marginalisation, sur la base d’informations mensongères et d’analyses inadéquates, dessert les devenirs d’un islam enraciné en Belgique.

Derrière cette polémique, c’est donc bien une nouvelle charge contre la société de la pensée unique que sert le professeur Mahi. Un tel argumentaire n’est pas nouveau dans son chef, mais il se construit, explique-t-il, au service du “dialogue” et de la “liberté” qu’il affirme avoir toujours voulu mettre en avant dans l’exercice de sa profession. Les arguments sont entendus.

Il reste maintenant à Alain Faure, le préfet coordinateur de zone de clôturer son enquête sur les raisons du tabassage d’Amadou. Il devait remettre un rapport intermédiaire mercredi soir à la ministre de l’Éducation Joëlle Milquet (CDH).

Pour Joëlle Milquet, le lien avec Charlie hebdo n'est pas établi à ce stade

A la suite de fuites dans le quotidien "Le Soir" du premier rapport rendu mercredi soir après les deux premiers jours de l'enquête à l'athénée royal Leonardo da Vinci, la ministre de l'Education Joëlle Milquet a remarqué qu'il était prématuré de réagir sans avoir analysé le dit rapport. Une enquête complémentaire pourrait être ouverte. Joëlle Milquet, ministre de l'Education, s'est dite étonnée "de découvrir dans la presse, en même temps qu'elle le reçoit, le contenu confidentiel du rapport d'enquête demandé sur l'affaire de l'athénée royal Leonardo Da Vinci, qui était censé lui être destiné personnellement et qu'elle doit analyser ce soir avant de prendre une attitude sur les suites à donner". Il semblerait qu'une enquête complémentaire plus fouillée commandée par la ministre ne soit pas exclue en raison de la persistance de nombreuses zones d'ombre sur de nombreux aspects.

Le préfet en charge de l'enquête avait indiqué mardi qu'Amoudou et Younes s'étaient disputés en classe à propos de la boxe, sur base d'un rapport de la direction écrit après qu'ils aient été convoqués. Le Soir affirme que, selon le rapport, plusieurs élèves avaient refusé de signer la pétition contre le professeur d'histoire qui défendait "Charlie Hebdo" et que rien ne prouvait l'implication du professeur de religion islamique, Yacob Mahi, dans la rédaction du texte en question.

Ce lien a été évoqué en raison de la médiation qui a été requise entre les deux professeurs à la suite des attentats de "Charlie hebdo".