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Elio Di Rupo à cœur ouvert

P.P.

Publié le - Mis à jour le

Le déclic remonte à l’été 2008. "La Libre" avait entrepris une série de rencontres "Recto Verso". Il s’agissait d’y découvrir des politiques là où on les connaît moins, ou nullement : en tout, sauf en politique. A notre bon collègue Francis Van de Woestyne avait échu le sujet Di Rupo. Que disons-nous, un sujet; c’est un cap, c’est une péninsule

Dans un jour de confiance, qu’il n’a jamais naturelle, le Montois s’épancha d’ailleurs hors des limites assignées. Frustré, le journaliste y vit matière à reprendre la conversation, dans un autre gabarit. Que voici prenant le temps, le souffle et la mesure d’un livre d’entretiens pimenté de quelques brefs témoignages.

Contact pour y parvenir fut repris en mars 2011, au plus figé de notre plus longue crise, lorsque le rôle qu’y devait jouer le président du PS s’était égaré dans les brumes. Après réflexion, encore, toujours, Di Rupo accepta. Lorsque le duo reprit rendez-vous, le Palais bombarda le socialiste en formateur. C’est dire si les agendas seront compliqués. Mais toujours cloisonnés : sans équivoque, il n’a pas été question des négociations. Le dessein fut à la fois plus simple et plus vaste : sa vie, sa vision.

Sa vie ? Extraordinaire, qu’il assimile à un "conte de fées" : des débuts comme "macaroni" dans les cruelles cours de récréation; aux derniers jours qui lui assignent un destin de "Premier", dont il pressent le quotidien "plus proche de l’enfer que du paradis". Sa vision ? Sur la Wallonie, Bruxelles, la Flandre, la Belgique, l’Europe, pour conclure sur ses convictions et son engagement franc-maçon. "Je suis le fruit de mon travail et du hasard. Je vis en permanence le moment présent. La nostalgie, je ne sais pas ce que c’est. Je n’éprouve jamais ce sentiment. [ ] Je ne conserve rien. Je renvoie. [ ] Nous sommes mortels, ce qui doit nous pousser à une grande modestie. On recherche aussi une sorte de plénitude, de bien-être, de plaisir. Pour certains, c’est l’oisiveté. Pour d’autres, c’est l’action. Mais le pourquoi ? Là, je n’ai pas de réponse."

Une dizaine de réunions, trente à quarante heures de face-à-face auront composé le tableau. Chez lui à Mons, ou au PS, parfois dans un resto italien. Et une fois en Ombrie, à Gubbio, l’une de ces jolies villes dont l’Italie déborde. C’est là, dans la brève détente de début août dernier, qu’Elio Di Rupo s’est senti le plus libre pour livrer le plus intime : les affabulations de l’appelé Trusgnach fin 96, cette "affaire d’Etat", dit-il, dont jamais la blessure ne sera cicatrisée; et dans l’odieuse foulée, les révélations publiques de son homosexualité ("On ne choisit pas ") .

"Je voulais mieux le faire connaître au plus grand nombre", dit "VdW". De fait, à point que l’on ne peut mieux nommé. Voilà Di Rupo confident, maîtrisé, sobre. Oubliez les effets papillon et paillettes, le recto voltigeur et le verso dramaturge. Se dévoile et se déploie la soutenable gravité d’un être.

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