Après avoir combattu auprès des rebelles en Syrie, Michaël Delefortrie, désormais rebaptisé "Younes", dresse un portrait étonnant de ses compagnons dans l'enfer syrien pour nos confrères du Standaard .

"Kafr Hamra, l'endroit où sont arrivés de nombreux Belges, est plein de grandes villas résidentielles. Les combattants y vivent par groupe de vingt, dans les maisons abandonnées par des riches, avec piscine et quatre ou cinq chambres. Mais ne vous y trompez pas: durant les semaines où j'étais là-bas, il n'y a eu de l'électricité que pendant deux jours. Il n'y a pas d'eau chaude, et vous entendez des coups de feu et des explosions à longueur de journée."

Une réalité à laquelle il aurait pu s'attendre en partant pour la Syrie? "À la mi-décembre, après y avoir longtemps réfléchi, j'ai quand même décidé de faire le voyage. Je pensais qu'en Syrie, je débarquerais dans une ville libérée, où je pourrais vivre en paix comme un bon musulman, loin de mes problèmes. J'avais entendu dire cela de la part de garçons qui étaient revenus. Croyez-le ou pas, cela n'a jamais été mon ambition de combattre."

Entourés par la violence, les Belges partis en Syrie tentent malgré tout de mener une vie plus ou moins normale, comme le raconte Delefortrie: "Les combattants se lèvent tôt pour la prière, avant un cours sur l'Islam. Ensuite, le groupe est réparti: par exemple, une dizaine d'hommes sont envoyés sur une mission, ils doivent faire des contrôles routiers ou attaquer un ennemi. Le reste demeure à la maison et tue le temps en regardant la TV, en faisant la cuisine, en entretenant les armes ou en bricolant les voitures. Et le soir, il y a de nouveau une prière."

Un tableau presque trop beau pour être vrai, que poursuit "Younes" en racontant le quotidien des Belges: "Ils sont surtout occupés à boire du thé et à manger des petits gâteaux. Et de temps en temps, ils vont faire la guerre." Pourtant, il se dit que la plupart de nos compatriotes seraient en train de préparer leur retour: "Les Belges ne sont plus ensemble dans une villa, ils sont séparés en de petits groupes. Et c'est intentionnel: beaucoup de jeunes Belges sont morts, et le moral est donc dans les chaussettes. Ils étaient dépressifs et ne voulaient plus se battre. Ils sont donc séparés."

Bref, à en croire les propos de Michaël Delefortrie, les Belges partis en Syrie ne feraient pas grand-chose de mal. Les films avec des armes à la main? "Une manière de faire savoir à tout le monde que j'étais en Syrie" . La vidéo d'une décapitation où l'on entend des hommes parler flamand? "C'était barbare, je leur ai dit. Mais la plupart sont morts."

"Une brèche ouverte par Joëlle Milquet" , selon Denis Ducarme

Contacté par LaLibre.be , Denis Ducarme tient à mettre en garde face à ces tentatives de dédiabolisation de l'action des Belges sur le territoire syrien. Le député MR pointe du doigt une déclaration de Joëlle Milquet qui serait, selon lui, à l'origine de ce nouveau phénomène: "Aujourd'hui, on diffuse de mauvais messages. Le dernier en date, c'est quand j'entends Joëlle Milquet qui dit que tous ceux qui n'ont rien fait de mal peuvent revenir sans problème en Belgique. Ce n'est ni à l'Intérieur, ni aux Affaires étrangères d'ailleurs, de juger de cela. C'est à la Justice de trancher, et elle interroge systématiquement toute personne qui revient de Syrie."

Selon Denis Ducarme, la ministre de l'Intérieur fait ici une double erreur. "Les gens sont inculpés quand ils sont associés à un groupe de nature terroriste. Même s'ils portent autre chose qu'une arme, ils sont entrés dans un réseau terroriste."  Et de réaffirmer que "c'est un mauvais message car ce n'est pas la réalité, tous ceux qui reviennent sont interrogés. Et évidemment, ils tenteront de rentrer dans cette brèche ouverte par la ministre."

Pour conclure, le député libéral ajoute qu'il faut "répéter que chaque personne qui reviendra passera irrémédiablement par la case justice, et que même ceux qui ne seront pas inculpés continueront à faire l'objet d'une surveillance, qu'ils soient ou non des menaces potentielles. Parce que si dans deux ou trois ans, un 'Belge de Syrie'  commettait un acte terroriste, le politique devra plaider coupable."

Suite à la publication de cet article, le cabinet de la ministre de l'Intérieur tient à apporter la précision suivante: "M. Ducarme se base sur un article de la presse flamande qui comportait des propos et informations erronées. Tant les Affaires étrangères que l'Intérieur, nous avons démenti de tels propos. D'autant plus que nous n'avons jamais été contactés par le journal en question."