Après dix-sept jours en centre fermé, Junior Masudi Wasso peut entamer ses études

L’Office des étrangers a revu sa décision. L’affaire n’est toutefois pas close.

Finalement, Junior Masudi Wasso va bien pouvoir gagner les bancs de l’UCLouvain pour suivre son cursus de sciences économiques. L’étudiant de vingt ans a pu quitter lundi le centre fermé "La Caricole", situé à Steenokkerzeel, après 17 jours passés en détention. Les raisons du retournement de situation ? Le ministère congolais des Affaires étrangères a versé les droits d’inscription de l’étudiant, explique l’Office des étrangers dans un communiqué. L’UCLouvain a également fourni "des informations supplémentaires sur les éléments et la manière dont l’université a évalué l’aptitude de l’étudiant et son intention d’étudier à l’université", indique l’administration. Sur la base de ces deux éléments, l’Office a revu sa décision.

Rappel des faits. À son arrivée à Zaventem le 18 septembre, le jeune homme avait été intercepté par la douane. Il détenait un visa D (long séjour) valide ainsi que tous les documents en règle pour son accès au territoire. La police aéroportuaire lui pose alors des questions sur les motifs de sa venue en Belgique. Les demandes portent notamment sur ses connaissances en économie et en chimie. Au terme de cet interrogatoire, les forces de l'ordre ont estimé que le but de sa venue n'était pas suffisamment prouvé. En outre, Junior n'avait pas payé les 835 euros de minerval avant d'arriver sur le territoire. Sur la base de quoi l'Office des étrangers lui avait refusé l'accès au territoire.

Tentatives avortées

Après plusieurs jours de détention, l’Office des étrangers a tenté une première fois de le ramener au Congo. En vain. Une deuxième tentative, avec escorte policière, se solda par un nouvel échec dimanche matin. Ce type de situation n’est pas exceptionnel : en 2019, la Belgique a enregistré 400 tentatives avortées, contre 189 en 2020.

Rapidement, l’histoire du jeune homme a suscité de nombreuses réactions. D’abord au sein de la communauté universitaire, où les associations étudiantes, mais aussi des membres du corps académique, avaient dénoncé une détention arbitraire.

La mobilisation avait gagné le monde politique, tant de la majorité que de l’opposition. Jeudi soir, l’UCLouvain sortait de son silence et indiquait ne pas comprendre le refus d’accès au territoire. "M. Masudi Wasso a été autorisé à s’inscrire à l’UCLouvain", faisait savoir l’université néo-louvaniste.

Le dossier avait même pris une tournure diplomatique. Le président congolais Felix Tshisekedi a abordé la question lors d'un Conseil des ministres vendredi soir, parlant d'un "acte déplorable" et exigeant la libération du jeune homme.

L’avocate dénonce un coup de com

Durant les deux semaines de l’incarcération, l’Office des étrangers a toujours soutenu que la procédure était en cours, malgré les deux tentatives de retour. Et ce lundi, la décision tombait : le jeune homme pouvait rejoindre les bancs de l’université. Fin de l’histoire ? Pas tout à fait. Un certain flou demeure autour des critères retenus pour justifier le refus d’accès au territoire, et sur le déroulement des évènements.

C’est en tout cas ce que soutient Me Marie Doutrepont, l’avocate du jeune étudiant qui dénonce les raisons évoquées par l’Office des étrangers. Elle y voit un coup de communication destiné à justifier son retournement effectué sous la pression. Le dossier s’invitera ce mardi en commission Intérieur de la Chambre.

Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de visas D sont délivrés à des étudiants (13 960 en 2019, 10 059 en 2020, selon les chiffres de l’Office des étrangers).