Motivations, difficultés, espoirs : ces étudiants nous expliquent pourquoi ils ont choisi de faire un double bachelier

Chaque année, des dizaines d'étudiants choisissent de faire un double bachelier, c'est-à-dire de mener deux bacheliers différents de front. Quelles sont leurs motivations? Tout le monde peut-il le faire? Qu'est-ce que ça leur apporte? Explications.

Motivations, difficultés, espoirs : ces étudiants nous expliquent pourquoi ils ont choisi de faire un double bachelier
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"J'avais commencé un bac en ingénieur de gestion à l'UCLouvain, mais je trouvais que les cours d'informatique n'étaient pas assez poussés. Un jour, pour m'amuser, j'ai été voir le programme du bachelier en informatique, et je me suis rendu compte que ça me tentait bien. L'année suivante, j'ai donc rentré une demande pour pouvoir suivre les deux bacheliers en même temps", explique Marko, 22 ans. Léopoldine, 20 ans, étudiante à l'ULB, a elle aussi opté pour le double bac. "A la fin de mon année de science po, j'ai réalisé que j'avais du temps libre. Comme j'avais un intérêt pour la psychologie, j'ai décidé de me lancer dans un bac supplémentaire. Je connaissais des gens qui l'avaient fait. J'ai donc tenté ma chance, et tout s'est bien passé."

Comme eux, quelques étudiants choisissent chaque année de mener deux bacheliers de front. Ils sont toutefois peu nombreux. Lors de cette année académique, 37 étudiants en bachelier à l'UClouvain ont opté pour une inscription complémentaire (moins chère que la principale voire gratuite pour les boursiers), contre 132 étudiants à l'ULB, une centaine à Saint-Louis et seulement 7 à l'ULiège.

Se lancer dans ce genre d'aventure n'est, il est vrai, pas pour tout le monde. "Quand on reçoit des étudiants avec de telles demandes, on creuse leurs motivations", explique Philippe Catoire, conseiller en orientation au centre d'information et d'orientation de l'UCLouvain. "Avant de leur parler des étapes suivantes, on tente d'en apprendre plus sur eux, car il ne faut pas oublier que mener deux bacs de front, ça veut dire suivre un parcours académique fort lourd." "Ce n'est pas fait pour tout le monde", confirme Marko. "Je n'étais pas la plus bosseuse du monde, mais quand j'ai choisi de m'engager sur cette voie-là, j'ai su que j'allais devoir bosser un maximum", explique Léopoldine.

En effet, les étudiants réalisent généralement en 4 ans l'équivalent de 360 crédits (au lieu de 180 crédits pour un bachelier classique). Certaines universités, comme Saint-Louis, proposent des doubles bacs "tout faits" et offrent donc des facilités aux étudiants. "C'est historique chez nous", explique Aurélie Coppe, adjointe au recteur en charge de l'enseignement à Saint-Louis. "Nous fonctionnons via un système d'accumulation de crédits, ce qui veut dire que l'étudiant prend chaque année des cours en plus. Le deuxième bac ne fait pas 180 crédits, mais est réduit grâce à des dispenses et des équivalences. L'étudiant qui souhaite faire un deuxième bac chez nous a donc une offre très claire et sait ce qui l'attend."

Mais dans d'autres établissements et d'autres cas de figure, les étudiants sont contraints de s'arranger eux-mêmes avec leurs facultés. "Pendant deux ans, j'ai eu des conflits horaires, que ce soit au niveau des cours ou au niveau des examens", explique Marko. Lui a pu avoir environ 50 crédits de dispense, en optant pour la bonne mineure. Léopoldine, en revanche, n'a pas eu beaucoup de dispenses. "Seulement 4 ou 5 cours", note-t-elle.

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Un blocus rock and roll

Si le blocus est une période stressante pour tous les étudiants, c'est davantage le cas pour ceux qui mènent deux bacheliers en même temps. "Il faut être hyper organisé", note Marko. "Il est impossible de s'y prendre au dernier moment. Une fois, j'ai eu 13 examens en un seul quadri, ça représentait 65 crédits, donc ce qu'on a normalement sur une année entière. Je n'ai pas tout passé, je me suis concentré sur les plus gros cours et j'ai laissé les autres pour la seconde sess'. Mais même comme ça, il faut vraiment avoir une routine." Lépoldine, par exemple, commence à étudier en novembre. "Personnellement, je ne vais pas aux cours, je préfère prendre des synthèses et commencer à étudier plus tôt. Mais actuellement je n'ai toujours pas l'horaire de mes examens, donc il est possible que j'étudie pour des examens que je ne pourrai pas passer. Durant les sessions précédentes, j'ai pu présenter tous les examens. Mais comme 2021 est la première année sans Covid, on verra ce que ça donnera."

A cause de la masse de travail, certains ne mènent pas leur double bachelier à terme. C'est le cas de Hugo, qui a décidé de mettre fin à son bachelier de sociologie à l'ULB pour se concentrer sur son premier, en communication. "Avec le Covid, ça prenait beaucoup d'énergie de rattraper les cours que j'avais manqués. J'ai donc arrêté par manque de motivation et j'ai décidé de concentrer mes efforts sur mon bac principal en commu. Je ne regrette pas mon choix, je suis heureux d'avoir approfondi ma passion pour la sociologie."

Mieux préparer son futur

Mais pourquoi s'infliger un double cursus? "Certains souhaitent faire un double bac car ils ne parviennent pas à choisir", souligne Philippe Catoire. "D'autres confondent les études avec une compétition olympique et pensent que plus on en fait, mieux c'est. Et d'autres enfin ont un appétit intellectuel très important. Cela dépend vraiment du profil." Léopoldine et Marko quant à eux ont fait ce choix pour se laisser plus de possibilités. Si elle a opté pour le double bac, c'est parce que l'étudiante ne pouvait pas prendre de mineure. Marko, lui, pouvait prendre une mineure dans la branche qui lui plaisait - cette mineure aurait d'ailleurs pu lui permettre d'accéder à des masters en lien avec son option - mais il aurait eu moins de choix de masters qu'en faisant un double bachelier. "Je voulais vraiment ne me fermer aucune porte", explique-t-il. "Le double bac offre une palette de masters beaucoup plus grande", approuve Aurélie Coppe. Philippe Catoire ne dit pas autre chose. "C'est vrai que certains masters sont durs à approcher si on n'a pas le bac correspondant. Si on a une idée précise du double master que l'on veut faire plus tard, il peut être intéressant de déjà préparer le terrain durant le premier cycle, en faisant un double bachelier."

Le conseiller d'orientation est par ailleurs convaincu que faire un double master est plus intéressant professionnellement parlant qu'un double bac. "Le premier cycle à l'université est assez généraliste et peu professionnalisant", rappelle-t-il. Toutefois, faire un double bachelier n'est évidemment pas dénué d'intérêt. "Cela peut permettre de s'ouvrir à une autre discipline ou de compléter la sienne", souligne Aurélie Coppe. "Cela prouve aussi que les étudiants sont capables de faire beaucoup de choses, qu'ils sont méritants, ouverts et flexibles", poursuit-elle. Bref, la majorité des soft skills recherchées par les employeurs. "On apprend à mieux gérer son stress et à dépasser ses limites, cela plait aux employeurs", affirme Marko. "Les recruteurs sont très intéressés par mon profil. Ils m'ont dit que quand je chercherai un stage, je pourrai les recontacter. Je suis sûr que cela donne un avantage sur le marché du travail. En plus, si j'ai plusieurs diplômes dans des domaines différents, je pourrai bouger plus facilement au sein d'une entreprise ou changer de job plus facilement aussi".

Faire un double bac n'est toutefois pas quelque chose de facile. Les étudiants que nous avons interrogés parviennent tous à garder une vie sociale, mais sont quelque peu épuisés par leur choix d'études. Alors qu'ils auraient techniquement pu entamer leur première année de Master en même temps que leur dernière année de bac complémentaire, certains ont fait le choix de prendre une pause pour "souffler un peu". Mais ils en sont en tout cas tous convaincus, leurs efforts "paieront plus tard".

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