Les futurs diplômés en psychologie clinique dans l'angoisse: "C'est le flou pour l'année prochaine"

Un nouveau stage obligatoire est censé leur être imposé l'année prochaine, mais ils n'ont pas d'informations claires à ce sujet. "Nous ferons tout pour trouver une solution qui ne lèse pas ces étudiants", assure le cabinet de Frank Vandenbroucke.

Les futurs diplômés en psychologie clinique dans l'angoisse: "C'est le flou pour l'année prochaine"
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Les étudiants en dernière année de psychologie clinique du pays sont à bout, et ils le font savoir ! La raison de leur colère? Un stage qu'ils sont censés faire après leurs cinq années d'études afin de pouvoir bénéficier de l'agrément de psychologue clinicien. Or, selon eux, les modalités de ce stage restent complètement floues. "Notre promo est la première qui va devoir faire ce stage. Et pour l'instant, on n'a toujours aucune information. Le temps presse, on angoisse vraiment", déplore Angeline Dubois, étudiante en dernière année de Master en neuropsychologie clinique à l'Université de Mons. "On ne sait toujours pas comment va se passer l'année prochaine."

En résumé, cet arrêté royal, adopté le 6 avril 2019, prévoit pour les diplômés en psychologie clinique la réalisation d'un stage pratique obligatoire de 1.680 heures, soit 42 semaines à temps plein. Il concerne tous les étudiants qui ont entamé leur cursus lors de l'année académique 2017-2018. "On a appris cela lorsqu'on était déjà en BAC3. Cela pose déjà question", ironise l'étudiante.

"Une année impossible sur le plan financier"

Une inconnue, et non des moindres, concerne la rémunération des candidats psychologues cliniciens. Comme l'explique la Commission des psychologues sur son site internet, "il n'est pas clair s'il s'agit d'une simple indemnisation des frais, tels que les frais de transport, ou s'il s'agit d'une rémunération effective et donc d'un stage rémunéré." "On risque de faire une année de bénévolat", résume Angeline. "En plus, on va perdre notre statut d'étudiant et on ne pourra pas s'inscrire au chômage. Cette année sera impossible sur le plan financier."

Selon l'arrêté royal, ce stage vise à inculquer au candidat psychologue et orthopédagogue clinicien "l'ensemble des aptitudes, du savoir-faire et des compétences nécessaires à l'exercice autonome d'une pratique d'orthopédagogue clinicien". Comment? En exerçant auprès d'un maître de stage agréé. "Mais là encore, ça pose problème", poursuivent les étudiants via un communiqué de presse. Pour être apte à accueillir un stagiaire, le professionnel doit réunir plusieurs critères : avoir au moins 5 ans d'expérience, en faire la demande ou encore suivre une formation de supervision et d'évaluation des candidats psychologues. Pour les étudiants, c'est certain, "il y aura un grand manque de maîtres de stage". "La procédure pour obtenir ce titre est longue et coûteuse, et peu de personnes connaissent cette nouvelle loi". Pire, expliquent les futurs diplômés, "le nombre d'étudiants en psychologie ne fait qu'augmenter d'année en année, ce qui signifie qu'une réelle compétition à l'obtention d'un stage risque de s'installer."

"Trouver une solution qui ne lèse pas les étudiants"

"Je pourrais éventuellement ne pas faire ce stage et ouvrir mon cabinet en tant qu'indépendante", souligne Angeline. "Mais, dans le meilleur des cas, je ne serais habilitée qu'à faire du soutien social et pas de prise en charge. Autrement dit, je pourrais seulement émettre des hypothèses diagnostiques sur le trouble dont souffre le patient, mais pas l'aider à aller mieux. Je dis 'dans le meilleur des cas' car on ne sait même pas si on pourra bel et bien ouvrir un cabinet et simplement faire du diagnostic. On marche vraiment sur la tête."

Interpellée par les étudiants, Valérie Glatingy, la ministre de l'Enseignement supérieur, s'est dite "sensible à la problématique". "J'ai été alertée aussi bien par vos délégués étudiants que par les doyens des facultés en psychologie", leur a-t-elle répondu. Si la ministre rappelle que "l'accès à cette profession dépend de l'Etat fédéral", elle déclare être intervenue auprès du ministre Vandenbroucke afin de reporter l'application de la loi."

Les étudiants ont, eux aussi, tenté d'obtenir des informations de la part du ministre de la Santé. "Une réponse devait nous être donnée le 15 novembre, mais on n'a toujours rien. Nous sommes déterminés à défendre nos droits, notamment au travers de manifestations", déclarent-ils.

Contacté, le cabinet de Frank Vandenbroucke fait savoir que "les discussions sont toujours en cours" et qu'une réunion a encore eu lieu ce mercredi dans un esprit constructif. Il rappelle en outre que "la situation actuelle est une conséquence de décisions du précédent gouvernement". "Nous ferons tout pour trouver une solution qui ne lèse pas ces étudiants", assure-t-il.

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