"Remettre de l’humain dans le débat": le Migrakot met des petits ponts pour sensibiliser sur les migrations

Pour ce nouveau numéro de la série "Cap sur les KAP", qui s'intéresse aux kots-à-projet, "La Libre Etudiant" est partie à la rencontre du Migrakot, implanté sur le campus de Louvain-la-Neuve.

Pas le choix ce mercredi, il va falloir mouiller le maillot. Le crachin belge rince le campus universitaire de Louvain-la-Neuve et les terrains du centre sportif de Blocry. Dans le cadre de son “Festival Visa Vie” en solidarité avec les personnes exilées, le Migrakot y organise un tournoi de foot interculturel.

En bord de terrain, Aymane, étudiant en Ingénieur de gestion et membre du kot qui organise l'événement, lace ses baskets rose flash. Ses colocataires, Raul, étudiant en communication, et Charlotte, future bio-ingénieure, arrivent avec des saladiers remplis d'oranges et de cookies. La seconde traîne une jambe à cause d'un vilaine chute à vélo. Impossible pour elle aujourd'hui de nettoyer les lucarnes de ses confrères masculins qui débarquent au compte-goutte, la guindaille de la veille encore marquée sur certains visages. "Mec, j'étais dans mon lit quand tu m'as proposé de venir" , lance un joueur à son pote. "Je suis chaud mais, par contre, je suis mauvais et mauvais perdant" . Démonstration immédiate de l'étudiant qui propulse deux fois le cuir dans les buissons.

Alors que les joueurs s'échauffent, une douzaine de jeunes rejoint le groupe. L'idée de ce tournoi, c'est de mélanger tout le monde. D'inclure des mineurs étrangers non-accompagnés (Mena) d'un centre Fedasil aux équipes de potes de l'UCLouvain. L'intégration est ultra rapide. "Vous préférez jouer en attaque ou en défense?". Les équipes s'organisent et enfilent les chasubles de couleurs. Coup d'envoi ! Autogoals, petits ponts, tacles à moitié contrôlés et reprises de volée : il y a un bon mélange de niveaux aussi sur la pelouse.

Outre le match de foot, d'autres activités sont proposées durant la semaine de festival pour sensibiliser citoyens et étudiants.

"Visa Vie, c'est aussi un ciné-débat, une exposition photo, un atelier slam et une soirée festive. Le but c'est de sensibiliser avec des activités ludiques"

, précise Eulalie, membre du Migrakot et étudiante en logopédie.

"Ce festival nous permet d'élargir le public auquel on s'adresse, de ne pas parler qu'à des convaincus. Et cette année, on est assez contents, il y a eu du monde aux différentes activités. Ce soir on doit encore préparer à manger pour 90 personnes, c'est assez intense comme semaine."

"Mettre un visage sur les chiffres"

"Pour sensibiliser les citoyens aux réalités de la migration, on travaille sur trois axes : sensibilisation, action et mobilisation. C'est à dire qu'on est aussi sur le terrain", explique Aymane, mis sur la touche pendant quelques instants. "On mène des séances de sensibilisation dans les écoles primaires et secondaires. On organise des activités avec le centre Fedasil ou le centre d'accueil résidentiel pour mineurs étrangers non accompagnés El Paso. On fait aussi des tables de conversation avec Access2University (programme qui aide les personnes réfugiées, limitées dans la poursuite de leur formation universitaire).

Créé en 2016, le Migrakot est actuellement animé par quinze personnes qui cherchent à mettre la lumière sur certaines personnes invisibilisées dans notre société. Le respect des droits fondamentaux des personnes migrantes, la solidarité, la promotion des échanges interculturels et intergénérationnels, l'inclusivité, l'équité des chances et le droit à l'information sont les valeurs sur lesquelles repose le projet ces colocataires. "On veut mettre un visage sur les chiffres qui circulent dans les médias. Remettre de l'humain dans le débat", ajoute Eulalie. Après le festival, qui est le plus gros projet de l'année, le kot aimerait organiser un concert ou un stand-up au deuxième quadrimestre. Il y a également le souhait de favoriser les collaborations avec les autres KAP, comme le Kot-é-Clown ou encore l'Improkot.

Pour les activités organisées avec des Mena, le kot a décidé de travailler tout le temps avec les mêmes centres. "On n'a pas envie de se pointer une fois de temps en temps et de ne pas connaître les gens. L'idée, c'est de créer une relation avec les jeunes pour qu'on évolue ensemble. Ça permet d'avoir une relation de confiance et des discussions où on peut évaluer quelles sont les activités qui fonctionnent et celles qui ne marchent pas", continue Eulalie. "Avec les jeunes du centre El Paso, on sent vraiment que cette relation se construit. Il y a des amitiés qui se créent. Il y a notamment un de mes colocataires qui voit régulièrement un jeune et qui l'emmène une fois de temps en temps hors du centre."

"La migration, c'est politique"

Alors qu'on s'encourage, qu'on se félicite et qu'on célèbre chaque goal sur le terrain, les discussions plus sérieuses continuent derrière les buts. À l'UCLouvain, les projets de kot à caractère politique sont interdits. Une consigne stricte ? "Je pense que c'est plus correct de dire que nous ne sommes pas affiliés à un parti politique en particulier. Mais dès qu'on parle de migration, c'est politique", constate Eulalie. "Quand on se place en solidarité avec les personnes migrantes, les demandeurs d'asile ou les personnes sans-papier, c'est politique. On prend parti pour ces personnes qu'on veut visibiliser."

Et ce jour-là, ce sont pour les jeunes de passage à Fedasil que les habitants du Migrakot se sont mobilisés. "Il y a ceux qui aiment bien le foot et il y a ceux qui veulent simplement quitter le centre pour un moment", constateBenjamin, éducateur Mena à Fedasil. "C'est important pour les jeunes de participer à des activités en dehors du centre, mais aussi de fréquenter d'autres jeunes et d'autres milieux.Ils ont l'école évidemment, mais ils doivent aussi faire d'autres connaissances, construire un réseau d'amis. C'est une manière de préparer la vie future, après leur passage par chez nous."