"Un métier d'homme", "trop dur pour toi" : 6 étudiantes sur 10 dans le numérique ont été découragées de faire ce choix

Six étudiantes sur dix qui ont choisi de s'orienter vers des études dans le secteur numérique en Belgique en ont été découragées, ressort-il de la sixième édition du Gender Scan, du cabinet d'études Global Contact et publiée jeudi.

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"Un métier d'homme", "trop dur pour toi" : 6 étudiantes sur 10 dans le numérique ont été découragées de faire ce choix
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Cette étude, menée dans 117 pays, a sondé en ligne, entre mars et août 2021, 30.001 personnes, dont 650 en Belgique, pour mesurer l'évolution de la féminisation dans le secteur des technologies et du numérique. Elle a été effectuée en collaboration avec l'institut de recherche NADI de l'Université de Namur, le pôle académique de Namur, l'Université Libre de Bruxelles et l'Association royale des ingénieurs de Gembloux Agro-Bio Tech ULiège ainsi qu'avec 200 associations internationales.

Il en ressort qu'en Belgique, six étudiantes sur dix qui ont opté pour des études liées au secteur numérique ont été découragées de choisir une telle orientation. Au niveau européen, la proportion est de 50% des répondantes.

Les étudiantes ont principalement été découragées par le corps enseignant ou par leurs parents, arguant le plus souvent qu'elles n'auraient pas le niveau requis pour mener à bien de telles études. "C'était un travail trop intelligent pour moi", témoigne ainsi une étudiante de 23 ans. "C'est trop dur pour toi, tu n'y arriveras pas", a-t-on dit à une autre de 21 ans.

Deuxième motif le plus invoqué: l'informatique ne serait pas une affaire de femmes. "C'est un métier d'hommes, quelle idée de choisir des études où il y a si peu de femmes", s'est vu opposer une étudiante de 24 ans.

Selon cette étude, en Belgique, les femmes ne représentaient que 12% de la population étudiante dans les formations numériques, contre 20% en Europe. Les femmes se font ainsi rares dans un secteur pourtant porteur de croissance et confronté à une pénurie de main-d'œuvre. L'absence des femmes dans le numérique pose problème alors que la société se numérise de plus en plus et que ces secteurs dessinent le visage de la société future.

Si les femmes sont minoritaires dans ces formations, c'est que les préjugés ont la vie dure. Pourtant, selon le Gender Scan, 89% des étudiantes dans le numérique en Belgique sont satisfaites de leur choix d'orientation. Cette proportion est toutefois inférieure aux moyennes européennes. Ainsi, 44% des sondées en Belgique se disent "très satisfaites" d'avoir choisi des études liées au numérique, contre 59% au niveau européen.

Cet écart est expliqué dans l'étude par le fait que les étudiantes en Belgique se sentent moins à l'aise et moins intégrées que la moyenne européenne. L'organisation des études est également jugée satisfaisante par 50% des étudiantes seulement, contre 61% au niveau européen. Elles sont aussi 69% à trouver la discipline intéressante (77% en Europe). Les études dans le numérique provoquent également plus de stress en Belgique (82% des étudiantes belges, 67% au niveau européen) et davantage de femmes craignent de ne pas avoir le niveau requis (67% en Belgique, 59% en Europe).

Enfin, un tiers des étudiantes belges sondées (34%) témoignent de comportements sexistes à leur égard pendant leurs études dans le numérique. Quatorze pour cent ont été victimes de harcèlement sexuel. Ces proportions sont similaires à l'échelle européenne. La différence se marque plutôt dans la connaissance de dispositifs d'accompagnement mis en place par leur université : 84% des sondées en Belgique ignorent s'ils existent dans leur institution d'enseignement, contre 63% au niveau européen.