Stress et procrastination: comment les étudiants vivent-ils le blocus?

Si "en mai, on fait ce qu’il nous plait", pour les étudiants, c’est une toute autre chose. Alors que les journées s’embellissent et se prolongent, le blocus pointe pour les étudiants et étudiantes du supérieur. Une période souvent crainte, anxiogène et éprouvante. Comment la vivent les étudiants ? Quels sont leurs ressentis et résolutions à l’approche des dates fatidiques ? Quatre étudiants témoignent.

Contribution externe
Stress et procrastination: comment les étudiants vivent-ils le blocus?
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Une contribution d'Arnaud Lemaire, membre de l'Etincelle, un kot-à-projet néo-louvaniste centré sur le journalisme dont La Libre Etudiant est partenaire.

"Nous savons que nous sommes à l’université, et ce que cela implique pour le blocus"

Pour Alexis, étudiant en BAC1 en communication, ce n’est que le 2ème blocus. Mais il semble déjà avoir pris le pas. "Mon premier blocus était assez difficile. On ne se rend pas compte de la quantité de travail à fournir, et si l’on n’a rien fait du quadrimestre, il faut tout rattraper en quelques semaines." Afin de mettre toutes les chances de son côté et ne pas sombrer dans la guindaille, il a décidé de passer cette première année en studio, avec sa copine. Toujours en ordre dans ses cours, il les étudie assez régulièrement, et peut même se targuer d’être la personne de référence sur les divers groupes de cours. "Quand il y a une question, on me tague spontanément", dit-il par plaisanterie. Dans tous les cas, Alexis semble avoir su s’adapter au blocus : "Nous savons que nous sommes à l’université, et ce que cela implique pour le blocus. On peut mieux faire comme système, et beaucoup en souffrent, mais je dois reconnaître que j’ai su m’y faire."

"Il y a des fois où l’on a l’impression de passer à côté de la vie…"

Mais la situation est loin d’être aussi facile pour Catherine et Loïc, tous deux étudiants de BAC3 en droit. Loïc regrette le beau temps alors qu’il va devoir se cloîtrer pour l’étude : "Il y a des fois où l’on a l’impression de passer à côté de la vie… Entre les travaux de groupe, les travaux à rendre régulièrement et la masse de matière, on croirait qu’on passe notre temps à travailler. En hiver, c’est un peu plus supportable – on n’est pas trop mal à l’intérieur -, mais avec le printemps, l’été, on mange en pleine figure notre condition."

Étant ensemble en cours, ils ont mis quelques petites choses en place afin de se supporter mutuellement. "On s’organise plusieurs fois par semaine des séances d’études en bibli. Ca permet de voir des amis, des gens qui pourraient nous aider. Et on peut relâcher un peu la pression après, en allant manger un bout, en allant faire des activités, de la marche, etc.", précise Catherine, qui, elle, voit plutôt du bon côté l’embellie des jours, qui rend les moments de détente plus agréable. C'est une chose très importante pour elle, qui est fréquemment sujette à des crises d’angoisse à l’approche des examens. "Ca peut me prendre quand la charge demandée me semble trop lourde. Je peux alors passer des heures à procrastiner pour ne plus y penser. Mais alors je commence à culpabiliser, parce qu’il “faut travailler”, et cette culpabilité me fait encore plus stresser, et ainsi de suite. C’est un cercle vicieux." Ce sont ces raisons qui l’ont poussée à faire ces séances de travaux en groupe, ce qui la force à travailler, tout en étant dans une ambiance cordiale. Si leurs résultats sont toujours au rendez-vous, les deux étudiants ont déjà hâte d’en finir avec les études. "Mais il y en a encore pour deux ans avec le master", ironisent-ils.

"Moi c’est toujours tout en dernière minute"

À côté de cela, Mathilde, étudiante de Master 1 en langues et lettres, est plutôt du genre à procrastiner. "Moi, c’est toujours tout en dernière minute. Il m’arrive de regarder des séries toute la journée même quelques jours avant les examens. Je dois alors travailler jusqu’à 4-5 heures du matin." Pour elle, il n’est aucunement question de prendre de l’avance, ni de suivre tous les cours. "Je ne vais qu’aux cours obligatoires, où l’on fait les présences. Pour le reste, je m’arrange pour avoir des notes de cours. Il y en a de très bonnes." Elle confie s’être fait une petite réputation de "feignante" parmi ses cokoteurs, mais cela ne l’empêche pas – chose qui les rend fous – de réussir ses études depuis 4 ans. "Je ne vise pas la grande distinction. Un 10 et on ne parle plus du cours." Un système qu’elle reconnait dangereux, mais qui semble lui convenir malgré les poussées de stress plus concentrées. "On est tranquille tout au long de l’année. C’est juste la veille qu’on stresse, parce qu’il faut tout étudier très vite. Mais j’ai besoin d’être sous pression pour m’y mettre, sinon je reporte aux jours suivants."

Quatre points de vue contrastés donc, mais assez significatifs de ce que peut être un blocus pour certains étudiants. Alors que certains semblent "se tuer à la tâche" pour avoir des points suffisants, d’autres préfèrent profiter des avantages de la vie estudiantine, avant d’être tenus par une profession. Mais cela ne doit pas faire oublier que certains encore doivent avoir recours aux services psychologiques, tant l’anxiété liée aux études est grande. Un contraste qui fut bien accentué durant la période de confinement passée, mais qui perdure encore aujourd’hui.