Une interview de Rajae Maouane (Ecolo) dans un manuel scolaire de français : la ministre Désir ouvre une enquête

Il s'agira de déterminer si le manuel respecte les règles qui interdisent, notamment, la propagande politique à l’école.

A.Ca.
Une interview de Rajae Maouane (Ecolo) dans un manuel scolaire de français : la ministre Désir ouvre une enquête
©BELGA

Une interview de la coprésidente d'Ecolo, Rajae Maouane, crée la polémique. Non pas pour les propos qui y sont tenus, mais bien pour l'endroit où cette interview est publiée : elle figure au chapitre 7 du nouveau manuel de français "Tangram", base de travail des élèves du secondaire en FWB, et s'y déploie sur près de quatre pages, pages 192, 193, 194 et 195 dans le cadre d'un exercice. Le manuel est, notamment, très utilisé par les élèves de deuxième et troisième secondaire.

Une interview de Rajae Maouane (Ecolo) dans un manuel scolaire de français : la ministre Désir ouvre une enquête
©DR

Feuilleté par nos soins, le manuel en question ne comporte aucune autre interview d'un mandataire politique, ce qui pose question en matière de neutralité d'un manuel supposé apolitique.

Autre point qui interpelle : l'interview en question a été menée par deux des autrices du manuel, Isabelle Denayer et Isabelle Koziel. Il ne s'agit donc pas d'une interview réalisée par un média traditionnel et reprise dans le syllabus à titre d'exemple, mais d'un entretien spécifiquement réalisé à l'occasion.

Rajae Maouane y invite les élèves à la contacter, à partager un café ou encore à "évoluer ensemble". S’en suit un passage en revue de ses combats politiques (féminisme, discrimination…), de ses modèles, de ses priorités et même de son amour pour certains artistes ou sportifs.

Une enquête ouverte par la ministre Caroline Désir

Contacté par nos confrères de LN24, chez qui Martin Buxant consacre mercredi son édito au sujet , l'éditeur du manuel, Plantyn, n'avait pas souhaité communiquer, avant de finalement s'expliquer auprès de l'agence Belga. "La diffusion d'une interview d'une personnalité politique dans l'un de nos manuels scolaires constitue une véritable erreur humaine que nous regrettons et dont nous entendons pleinement assumer la responsabilité", a commenté l'éditeur. "Cette interview s'intègre dans un vaste et ambitieux processus pédagogique développé tout au long du manuel. Nous estimions pertinent d'évoquer le parcours de cette femme issue de la diversité et comptant aujourd'hui parmi les principales personnalités politiques du pays. Si l'intention didactique est louable et ne revêt en aucun cas une volonté de propagande politique, elle contrevient directement aux règles clairement définies en matière de contenus politiques dans les écoles", reconnaît l'éditeur.

De son côté, la ministre PS de l'Enseignement Caroline Désir a ouvert une enquête, apprend-on. "Sur base des informations dont nous disposons à ce stade, la situation mérite clairement une enquête approfondie. La Ministre a donc immédiatement chargé son administration d'analyser le manuel scolaire afin de vérifier sa compatibilité avec la charte à laquelle sont soumis les éditeurs ainsi qu'avec les principes de la loi sur le pacte scolaire, qui interdit toute propagande politique à l'école. Si cette enquête met en évidence que la législation n'est pas respectée, une procédure de retrait de l'agrément du Manuel sera entamée."

Jeholet : "Pas sa place dans les écoles"

Le ministre-président de la FWB a aussi réagi, estimant qu'un éditeur "qui diffuse de la propagande politique dans les manuels scolaires n'a pas sa place dans les écoles". Avant d'ajouter : "Et avoir accepté cette interview est au mieux une maladresse, au pire une faute".

Rajae Maouane : "Un honneur pour moi"

Sur le réseau social Twitter, la co-présidente d'Ecolo (et conseillère communale à Molenbeek) a réagi à la polémique qui enfle. Elle a détaillé sa démarche : "J'ai reçu une sollicitation pour une interview sur mon parcours, mes centres d'intérêts et mes priorités politiques. J'y ai, bien sûr, répondu positivement. Je savais que cette demande s'inscrivait dans un projet de rédaction de manuel scolaire dans lequel il y aurait une séquence intitulée "Sois Belge une fois". Par contre, j'ignorais tout des autres personnalités interviewées. C'est un honneur pour moi d'être interrogée dans ce cadre-là, comme ont pu l'être d'autres politiques avant moi", précise-t-elle, de son propre chef.

En revanche, elle s'écarte du traitement final réservé à son interview : "Je ne suis bien sûr pas responsable des choix éditoriaux des rédacteurs et éditeurs dont je respecte à 1000% la liberté éditoriale. Par ailleurs, bien au-delà de la question de mon parti, c’est important pour moi de montrer aux jeunes que la politique peut aussi être le terrain des jeunes, mais aussi des femmes. Créer des inspirations pour renforcer la démocratie est important à mes yeux, pour que la classe politique soit le plus possible représentative de la population."

Dallemagne demande qu'Ecolo assume le coût du remplacement

Parmi les nombreuses réactions outrées d'élus politiques, George Dallemagne a demandé le retrait de ce manuel. Mais le député fédéral (Les Engagés) a aussi suggéré que le coût du remplacement du document soit à charge d’Ecolo.