De nombreux étudiants du supérieur travaillent comme tuteurs dans des écoles: "Une belle expérience et un atout sur le CV"

Schola ULB est une asbl qui permet aux étudiants (18-30 ans) inscrits en haute école ou à l'université de donner des remédiations à des élèves de primaire et de secondaire de la Région bruxelloise. Un partenariat qui permet aux jeunes du supérieur de s'engager, mais également de développer des compétences qu'ils pourront inscrire sur leur CV. Le tout, en étant défrayé!

De nombreux étudiants du supérieur travaillent comme tuteurs dans des écoles: "Une belle expérience et un atout sur le CV"
©JF

Selma, 25 ans, est étudiante en dernière année de Master en sciences commerciales à l'ICHEC. Ce n'est toutefois pas sur les bancs de son établissement que nous la retrouvons, mais face à un groupe de 5 élèves de 2ème secondaire du Lycée Intégral Roger Lallemand. Pendant 1h30, la jeune femme va troquer son habit d'étudiante contre celui de tutrice afin d'aider les élèves qui ont des difficultés en néerlandais.

Dans la classe, l'ambiance est décontractée. Pour les motiver, Selma n'hésite pas à faire quelques blagues auxquelles les élèves rient bien volontiers. Même s'ils ont quelques années d'écart, ils parlent tous le même langage étant donné qu'ils vivent les mêmes réalités. "Je leur fais répéter la matière qui leur pose problème, mais j'ai aussi un rôle de grande soeur. Comme je suis jeune, ils ne se sentent pas réellement 'en classe' quand ils sont avec moi. Il n'y a pas le même rapport d'autorité qu'avec un prof", explique-t-elle. À la fin de la séance, les élèves approuvent. "C'est chouette d'être en petit groupe parce qu'on se sent plus libre de participer", dit l'un d'entre eux. "Moi, ce que j'aime bien, c'est que c'est plus amusant qu'un cours classique", dit une autre.

Une expérience qui porte ses fruits

Pour Yannick De Henau, coordinateur Schola au sein de l'école saint-gilloise depuis quatre ans, l'expérience est un succès. "Notre école organise déjà des permanences bénévoles sur le temps de midi. Mais Schola offre une autre piste de remédiation pour les élèves. C'est une aide précieuse qui nous libère du temps pour préparer d'autres activités. Et on voit que cela porte ses fruits." Précisons que les écoles qui souhaitent participer au projet peuvent être aidées par des subsides, mais elles devront tout de même débloquer un budget pour le tutorat.

Des tuteurs motivés et accompagnés

N'importe quel étudiant du supérieur, âgé entre 18 et 30 ans, peut s'engager chez Schola ULB. Mais ce n'est pas pour autant qu'il sera envoyé sur le terrain. L'asbl s'assure en effet que le jeune ait les connaissances suffisantes dans les matières qu'il vise, mais également qu'il ait des compétences pédagogiques. "Nous organisons un test écrit afin d'évaluer leur niveau de français", explique Kseniya Yasinska, directrice de Schola ULB. "Nous les interrogeons également sur leur parcours et leurs motivations. Ensuite, nous organisons une journée de formation. Nos chargés pédagogiques leur expliquent comment donner un tutorat. Dès qu'ils sont prêts, on les envoie sur leurs premières missions, en fonction de leurs disponibilités. Des échanges vont ensuite avoir lieu entre nous, l'étudiant et les écoles afin de s'assurer que tout se passe bien tout au long du tutorat."

De nombreux étudiants du supérieur travaillent comme tuteurs dans des écoles: "Une belle expérience et un atout sur le CV"
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L'étudiant qui s'engage avec Schola ULB est défrayé à hauteur de 12 euros de l'heure, sur la base du régime de volontariat. Autrement dit, les heures ne comptent pas dans les 450 heures étudiantes. Elles ne sont pas non plus imposables à condition de ne pas dépasser un certain montant (1.388,40 euros pour l'exercice d'imposition 2020). "Cela me fait un chouette complément de revenu. Et c'est compatible avec un job étudiant le week-end", dit Selma. Mais cela demande un vrai engagement. "Schola met à disposition beaucoup de ressources pour qu'on puisse distribuer des exercices adaptés aux élèves, mais je dois quand même préparer mes tutorats en fonction des points d'attention définis par le professeur. Cela demande de l'investissement. Je ne peux pas arriver sans avoir rien préparé", explique-t-elle.

En 2021, 470 étudiantes et étudiants du supérieur ont accompagné 2650 élèves par semaine, issus de 125 structures bruxelloises (écoles et maisons de quartier). Un beau bilan qui va encore augmenter. "On fait face à une demande croissante des écoles", note la directrice de l'asbl. "On n'a pas suffisamment d'étudiants pour répondre à leurs demandes, donc on cherche activement de nouvelles recrues." Concrètement, un étudiant peut décider à tout moment de l'année de rejoindre le projet. Mais les formations sont plus fréquentes à chaque début de quadri. "Un étudiant qui s'engage en novembre ne commencera donc peut-être pas avant janvier", précise-t-elle.

Une expérience humaine et un plus sur le CV

Au-delà de l'expérience humaine, Schola apporte un plus sur le CV. "Les étudiants acquièrent de véritables compétences pédagogiques puisque nous organisons des ateliers tout au long de l'année pour les former. En plus de cela, ils peuvent également développer leurs soft skills (compétences douces, ndlr) comme leur sens des responsabilités, leur volonté de se dépasser ou encore leur aptitude à parler devant des groupes. Ce sont des compétences qui leur serviront dans leur vie professionnelle." La directrice précise que les équipes de l'asbl peuvent fournir des lettres de recommandation sur demande, mais aussi recommander des compétences directement sur le réseau professionnel LinkedIn.

Niveau professionnel, certains étudiants se sont aussi trouvés des vocations. "Cela va faire trois ans que je suis tutrice, et j'envisage de faire l'agrégation pour devenir prof. C'est une chose chose à laquelle je n'aurais jamais pensé avant", confie Selma. Selon la directrice, il n'est pas rare que des étudiants se réorientent après avoir été chez Schola. "Certains réalisent qu'ils préfèrent faire des études avec une dimension plus sociale", note-t-elle.

Depuis sa création, en 1989, l'asbl a vu passer 4.500 étudiants du supérieur. "Mais notre plus grande fierté, c'est quand d'anciens élèves coachés viennent nous voir en disant qu'ils veulent à leur tour devenir tuteurs et aider les élèves. Cela démontre à quel point notre projet a du sens", conclut-elle.