Condamnée pour violence au travail envers une professeure, l'UCLouvain ira en appel

L'UCLouvain interjettera appel de sa condamnation vendredi par le tribunal du travail du Brabant wallon pour violence au travail envers la professeure de biologie Caroline Nieberding, a-t-elle annoncé à Belga.

Condamnée pour violence au travail envers une professeure, l'UCLouvain ira en appel
©Jean Luc Flémal

Caroline Nieberding dénonçait entre autres des remarques sexistes concernant son physique, un harcèlement moral et sexuel, une forme d'exclusion et du dénigrement de la part de ses collègues de l'Earth and Life Institute (ELI). Elle reprochait à l'université de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour la protéger. Le tribunal brabançon lui a donné raison vendredi.

"L'UCLouvain prend acte de la décision rendue par le président du tribunal du travail de Nivelles, qu'elle analyse en détails", a commenté l'institution. L'université ira en appel contre la décision "afin de défendre ses droits, ainsi que ceux des membres de son personnel", a-t-elle souligné.

L'Université catholique de Louvain a en outre déploré que le conflit ait abouti devant la justice, "malgré les nombreuses tentatives d'apaisement et de conciliation initiées par l'université". De son côté, l'auditorat du travail, saisi auparavant de la question, avait déjà estimé que l'absence de réaction proportionnée de l'UCLouvain a porté atteinte à l'intégrité psychique et morale de la plaignante.

Me Violaine Alonso, avocate de Caroline Nieberding, a regretté samedi la décision de l'UCLouvain d'interjeter appel . "Cette décision a été annoncée dans la foulée du jugement, sans qu'aucune discussion ne soit intervenue entre les parties. Manifestement, l'UCLouvain s'entête dans son acharnement vis-à-vis de la Professeure Nieberding, et annonce sa volonté de faire appel avant même d'avoir envisagé une issue amiable. C'est évidemment hautement regrettable", déplore l'avocate.

"Ma cliente est disposée à s'asseoir autour de la table pour discuter, mais nous sommes malheureusement totalement dépendantes du bon vouloir de l'UCLouvain. Si l'université ne désire pas renoncer à sa procédure en appel et tenter de trouver un accord à l'amiable, nous serons bien obligées de retourner devant le tribunal", ajoute-t-elle dans une réaction téléphonique à Belga.

L'UCLouvain n'était pas joignable dans l'immédiat pour une réaction.

Me Alonso fustige également les communications officielles récentes de l'Earth and Life Institute (ELI), au sein duquel travaillait sa cliente, arguant que ces réactions "dénigrent, à mots à peine couverts, la Professeure Nieberding et sa décision d'aller en justice". Les publications en question évoquent notamment un "discours victimaire" de la plaignante dont les demandes de traitement équitable sont qualifiées de "demandes pour un égalitarisme forcené, parfois absurde, qui génère du ressentiment".

"Il est édifiant de constater que l'Institut n'a pas été en mesure de respecter un devoir de réserve et a publiquement critiqué les choix posés par l'une de ses membres. Ce faisant, l'Institut fait complètement fi de la souffrance de la Professeure Nieberding et de l'absence totale d'alternative à la procédure judiciaire pour y mettre un terme", estime l'avocate.

Après l'annonce de la procédure en appel, le climatologue Jean-Pascal van Ypersele, également professeur au sein de l'institution louvaniste, s'est dit "triste que les autorités de l'université à laquelle je suis très attaché ne comprennent toujours pas qu'elles sont responsables de la très mauvaise gestion des discriminations et des situations de violence ou de harcèlement moral et/ou sexuel qui règnent en son sein".

Le climatologue espère également que "le Recteur, le Vice-recteur à la politique du personnel et les membres du Conseil rectoral se rendront compte à temps qu'aller effectivement en appel contre la décision du tribunal constitue une aggravation d'une des situations de violence au travail que j'ai dénoncées dès juin 2021 auprès des plus hautes autorités de l'UCLouvain."

"Je demande que le Conseil d'administration de l'UCLouvain calme le jeu et se penche au plus vite sur les réformes structurelles nécessaires pour que l'Université catholique de Louvain respecte enfin parfaitement la loi, la Convention d'Istanbul sur la lutte contre la violence à l'égard des femmes, et l'objectif de développement durable de l'ONU n°5 sur l'égalité des sexes", conclut l'ancien vice-président du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (Giec).

Le tribunal du travail du Brabant wallon a estimé vendredi que l'UCLouvain avait adopté une attitude passive et partiale à l'égard de la professeure Nieberding en ne mettant pas en place les mesures recommandées par les observateurs externes et en initiant une procédure disciplinaire à l'encontre de celle-ci pour "propos calomnieux" après l'envoi d'un courriel dénonçant des faits de harcèlement de la part d'un collègue.

Si l'université a répété dans ses conclusions qu'elle était "impuissante - en tant qu'employeur - à faire cesser un comportement émanant de personnes physiques", le tribunal a, au contraire, estimé que "la responsabilité de toute politique en matière de bien-être au travail incombe, in fine, à l'employeur" et que, bien que des mesures aient été mises en place, celles-ci n'étaient pas suffisantes et même "contre productives" dans certains cas.

Le jugement pointe aussi le fait que, concernant la procédure visant la plaignante, "l'employeur en faisant usage du droit disciplinaire (...) a commis un abus" et reproche également à l'université de ne pas avoir mis un terme à l'exclusion de Caroline Nieberding du pôle au sein duquel elle travaillait.

"Je suis très soulagée du jugement rendu. J'espère qu'il mettra fin à 14 années de stress pour moi et qu'il me permettra de développer ma carrière sereinement", a réagi la professeure de biologie après le prononcé du jugement. "J'ai été contrainte d'introduire une action en justice après avoir constaté l'absence de toute forme de soutien effectif à mes demandes d'aide au plus haut niveau hiérarchique au cours des années de procédures internes que j'ai menées en essayant toutes les options disponibles. Pire encore, j'ai été punie pour avoir osé dénoncer des dysfonctionnements réels.", précise Caroline Nieberding.