Certains enseignants, inquiets et en colère, réclament la fermeture des écoles depuis mercredi.

Les écoles européennes de Bruxelles ont décidé de “suspendre la fréquentation régulière obligatoire des élèves ainsi que les cours in situ" dans toutes leurs implantations, à partir du lundi 16 et jusqu’au dimanche 29 mars. Un courrier a été transmis jeudi matin aux élèves et à leurs parents. Pour continuer à suivre les cours à distance, chacun est invité à ramener chez lui tout le matériel nécessaire. L’idée est d’organiser “une fermeture ordonnée”. C’est pourquoi les établissements seront ouverts ce vendredi mais toute absence sera justifiée. Les cinq écoles européennes belges se trouvent en région bruxelloise.

Sans doute cette décision est-elle de nature à augmenter encore la perplexité de certains enseignants qui peinaient, depuis mercredi, à comprendre qu’ils devaient, eux, continuer à venir en classe. Mercredi, par circulaire, la ministre Caroline Désir (PS) précisait que la fermeture des écoles n’était “en aucune manière recommandée à ce stade” selon les autorités compétentes. “Les conséquences du Covid-19 sont plus limitées pour les enfants”, expliquait-elle alors. “Ils sont moins malades et guérissent plus vite.”

Inquiets et en colère

Des enseignants inquiets se sont exprimés sur les réseaux sociaux. “Je suis institutrice primaire et je peux vous assurer que toute la journée nous vivons entre les éternuements, les différentes toux, les postillons, la proximité,…”, a témoigné celle-ci. “Profs et élèves rassemblés : on dépasse 1 000 personnes, non ? Les classes, réfectoire, salle de sport sont des endroits confinés aussi… Et donc ?”, a demandé celle-là. Beaucoup de commentaires plaidaient en faveur d’une fermeture générale. Une pétition a même été lancée pour réclamer celle-ci qui affichait près de 25 000 signatures à la mi-journée.

Dans le même temps, sans attendre le Conseil de sécurité qui devait se réunir en fin de journée pour annoncer de probables nouvelles mesures, des rumeurs se sont mises à circuler concernant précisément la possibilité que les écoles devraient fermer pendant un certain temps. Pour autant, cette éventualité ne se transformait pas encore partout en mesures concrètes ou autres plans d’action.

Certains ont anticipé

“Nous sommes en contact permanent avec nos écoles”, rapportait Faouzia Hariche, l’échevine de l’Instruction publique de la Ville de Bruxelles, en début d’après-midi. “Mais nous n’en sommes vraiment pas à envisager la fermeture. Par ailleurs, nous organisons déjà un enseignement à distance pour pallier la pénurie d’enseignants. La plateforme Teams est opérationnelle dans certains établissements secondaires. Elle pourrait l’être partout.” Et pour les élèves de primaires ? “Je n’imagine pas que l’on puisse étendre cette possibilité pour eux, non. Simplement parce que tous ne sont pas équipés…”

Même son de cloche au Segec (Secrétariat général de l’enseignement catholique). “Si une telle décision devait être prise”, commente son porte-parole Conrad van de Werve, “il faudra bien soigner la communication de crise afin que tout le monde soit au courant et reçoive la même information claire.” Pas d’autres éléments de réponse entretemps. “Nous avons mis en place une permanence téléphonique avec des conseillers juridiques qui sont là pour répondre à toutes les questions posées par les écoles. La plupart concernent pour l’instant les voyages scolaires.”

Dans un tout autre état d’esprit, certaines écoles ont décidé de prendre les devants dans l’attente d’éventuelles décisions générales.

“Dans l’optique de préparer au mieux cette éventualité, nous réfléchissons à des moyens de pouvoir assurer une partie des cours à distance afin que vos enfants ne prennent pas trop de retard dans les matières de l’année et ne sombrent pas dans l’ennui (qui pourrait leur faire regretter l’école, c’est dire…)”, a expliqué ce directeur d’un établissement libre à Bruxelles. Il a dès lors demandé aux élèves de commencer à ramener progressivement leurs affaires de cours à la maison. Ceci afin de pouvoir disposer de leur matériel en cas d’annonce soudaine de fermeture de l’Institut. Et d’annoncer que “les cours pourraient éventuellement être déposés sur des groupes Teams ou directement envoyés par mail aux élèves.”

À distance, dans le supérieur

Mercredi, déjà, l’heure était à l’enseignement par Internet dans l’enseignement supérieur. Dès mercredi, l’UCLouvain encourageait ses enseignants à se familiariser aux options d’enseignement à distance. À l’ULiège aussi, le recours à la visioconférence était dès à présent fortement encouragé.