"Sans le vouloir, notre société a permis aux enfants de notre pays de douter du sens et de l'importance de l'enseignement. Éloigner ainsi les enfants des écoles suggérait en outre qu'elles constituaient des endroits dangereux, une idée totalement fausse que nous devons très rapidement corriger", estime la Belgian Pediatric Covid-19 Task Force.

Elle prend pour exemple les camps de jeunes organisés durant l'été. "Grâce à une approche réfléchie, on n'a déploré qu'un nombre limité d'infections et, jusqu'à présent, aucun foyer majeur n'a été observé. Grâce à de nombreuses recherches scientifiques et épidémiologiques, on sait que les risques pour la santé des enfants et des adolescents sont minimes et que la transmission du Covid-19 est limitée."

Le groupe de travail plaide dès lors pour que la réouverture des écoles soit la principale priorité. "L'enseignement à distance n'est pas suffisant. Les écoles doivent recevoir les moyens, tant logistiques qu'humains, pour permettre une totale réouverture et offrir une éducation à plein temps à tous les enfants."

En outre, elle propose de ne pas observer de distanciation minimale de 1,5 mètre entre les élèves à l'intérieur des classes et recommande l'utilisation rationnelle du masque buccal pour les plus de 12 ans.

Voici la lettre ouverte

Au cours des prochains jours, une décision tombera quant à la réouverture des écoles et aux conditions qui l'entoureront pour tous les enfants de Belgique. Dans le cadre de la stratégie mise en place pour la sortie du Covid-19, d'importants subsides ont été octroyés aux entreprises, aux allocations, au chômage temporaire,... La prompte réouverture des entreprises et la relance de l'économie étaient prioritaires.

L'enseignement et les besoins des enfants et des adolescents n'ont été pris en compte que dans un deuxième temps. Fin mai, début juin, des règles ont été élaborées pour les enfants d'école primaire et de maternelle. Malheureusement, une école sur trois n'a pas été en mesure d'y donner suite de façon optimale et un enfant sur trois a donc été laissé de côté. Pour les élèves du niveau secondaire, la situation s'est avérée plus délicate encore, la majorité d'entre eux n'étant plus retournés à l'école après la mi-mars. Sans le vouloir, notre société a permis aux enfants de notre pays de douter du sens et de l'importance de l'enseignement. Éloigner ainsi les enfants des écoles suggérait en outre qu'elles constituaient des endroits dangereux, une idée totalement fausse que nous devons très rapidement corriger.

Notre pays compte plus de 2,3 millions d'enfants et d'adolescents de moins de 18 ans. Ils ne sont pas organisés en syndicats, en partis politiques ou en groupes de pression. Leur voix n'est dès lors bien souvent pas prise au sérieux ni même entendue.

Pourtant, ces 2,3 millions de jeunes représentent notre avenir. Mais le futur de notre jeunesse sera sérieusement hypothéqué si nous ne lui accordons pas d'urgence toute l'attention qu'il mérite. La complète réouverture des écoles joue ici un rôle essentiel.

Les camps de jeunes organisés cet été peuvent jouer le rôle d'exemple. Grâce à une approche réfléchie, on n'a déploré qu'un nombre limité d'infections et, jusqu'à présent, aucun foyer majeur n'a été observé. Grâce à de nombreuses recherches scientifiques et épidémiologiques, on sait que les risques pour la santé des enfants et des adolescents sont minimes et que la transmission du Covid-19 est limitée. Les pédiatres représentés au sein de la Belgian Pediatric Covid-19 Task Force ne voient donc aucune raison médicale pour empêcher une complète réouverture des écoles.

En nous appuyant sur les dernières avancées scientifiques internationales, nous demandons dès lors de faire de la réouverture des écoles la principale priorité. L'enseignement obligatoire et le droit à l'éducation doivent être appliqués. Le faire à 50% et même à 80% n'est PAS suffisant. L'enseignement à distance n'est PAS suffisant. Les écoles doivent recevoir les moyens, tant logistiques qu'humains, pour permettre une totale réouverture et offrir une éducation à plein temps à TOUS les enfants.

L'école est-elle vraiment si importante pour les enfants et les adolescents?

Oui, oui et encore oui! Cela va beaucoup plus loin que l'acquisition de compétences, de connaissances factuelles et professionnelles, autant d'aspects spontanément associés à l'école. D'autres fonctions de celle-ci sont au moins aussi importantes: l'offre d'une journée structurée avec son horaire, la stimulation du développement moteur et du jeu, le contact social et les "exercices" de sociabilité pratiqués par les enfants et les ados à l'école, le rôle de soutien que peut jouer un enseignant pour un enfant vulnérable, la fonction de détection d'enfants dans le besoin,… Tous ces rôles ne peuvent être remplis à distance que beaucoup moins bien, voire pas du tout.

Plusieurs études ont déjà montré la gravité des risques psychosociaux que représente la fermeture des écoles pour les enfants et les adolescents, particulièrement ceux qui sont issus de groupes vulnérables. Les jeunes avec problèmes de santé mentale ou d'autres vulnérabilités - comme une situation familiale précaire ou des besoins particuliers en termes de soin ou d'apprentissage - sont alors laissés sur le bord de la route.

Quelles sont les mesures à prendre pour que tous les enfants et ados puissent retourner à l'école?

Soutenir totalement les écoles pour rendre la scolarité sûre grâce à des règles de sécurité réalistes, sensées et claires. Des mesures excessives ou inefficaces empêcheront de nombreuses écoles de respecter les consignes de façon pratique et donc de rouvrir.

La Task Force propose donc d'appliquer deux mesures générales d'hygiène sur le groupe cible et dans le contexte scolaire:

· Pas de distanciation minimale de 1,5 m entre élèves à l'intérieur des classes et dans leur "bulle de classe" (mais bien entre élèves et adultes et entre adultes)

· Utilisation rationnelle du masque buccal pour les plus grands (+12 ans) telle que généralement recommandé (par exemple lorsqu'on n'est pas dans la bulle de sa classe ou de son année, comme lors de l'arrivée à l'école ou de déplacements dans les couloirs).

Il va de soi que les autres mesures d'hygiène restent d'application:

· Symptômes de la maladie? On reste chez soi et on consulte son médecin

· Hygiène des mains: les laver fréquemment

· On tousse et on éternue dans le coude ou dans un mouchoir en papier

· Aération régulière des locaux

· Nettoyage des surfaces

Le risque zéro n'existe pas. Mais l'équilibre entre les avantages et le risque de la scolarisation en période de coronavirus justifie la mise en avant des enfants et des adolescents et l'investissement dans leur bien-être et leur avenir. Les enfants d'aujourd'hui sont les infirmiers, les entrepreneurs, les boulangers, les politiciens et les scientifiques de demain. Il faut que tous les enfants retournent à l'école à temps plein le 1er septembre. Nous leur devons bien ça!

Bien cordialement,

La Belgian Pediatric Covid-19 Task Force, notamment représentée par

Dr. Tyl Jonckheer
Dr. Marc Raes
Prof. Dr. Ann De Guchtenaere
Prof. Dr. Dimitri Van der Linden
Dr. Sofie Crommen
Dr. Delphine Jacobs
Dr. Annick Covents
Prof. Dr. Petra Schelstraete
Jeroen Verlinden
Dr. Levi Hoste