Il aura fallu du temps aux autorités pour cracher le morceau : les cours seront finalement suspendus dans tout l’enseignement obligatoire, la semaine prochaine. Dans le secondaire, y compris là où des cours à distance étaient organisés. Pour les élèves de primaire, on l’avait dit mercredi. Et dans les écoles maternelles, dont on avait annoncé qu’elles resteraient ouvertes.

L’idée d’anticiper les vacances de Pâques était dans l’air depuis un moment, et même au centre du Comité de concertation (Codeco) convoqué vendredi passé, jusqu’à ce que les trois ministres de l’Éducation freinent des quatre fers. Elle a réapparu lors du Codeco de mercredi, brouillée par un grand flou autour du concept de suspension des cours. Certains cours allaient-ils continuer ? Seul le présentiel était-il mis à l’arrêt ? Et pourquoi pas en maternelles ?

Dans le secteur, l’inquiétude et l’incompréhension sont allées grandissant. Les arrêts de travail qui avaient été planifiés à partir de ce jeudi par les syndicats, pour réclamer notamment une priorité pour la vaccination, ont été l’occasion, pour les enseignants, d’exprimer un ras-le-bol général amplifié par les annonces de la veille. Dans la foulée de ces protestations, les représentants syndicaux, des pouvoirs organisateurs et des parents ont débattu avec la ministre de l’Éducation, Caroline Désir (PS), et le ministre-Président Pierre-Yves Jeholet (MR). Et la décision de tout suspendre a été lâchée en début d’après-midi.

Un accueil devra être organisé

L’ensemble des cours sera donc suspendu la semaine prochaine à tous les niveaux d’enseignement. La circulaire ad hoc précise que seuls les examens et épreuves de qualification qui étaient prévus pourront avoir lieu. Par ailleurs, dans toutes les écoles, un accueil devra être organisé pour les élèves dont les parents n’ont pas trouvé d’autre solution. Ces derniers sont toutefois invités à garder au maximum leurs enfants chez eux. Quant aux membres du personnel des écoles, ils restent à la disposition de leur pouvoir organisateur ainsi que des élèves qui auraient besoin d’un soutien à distance.

"Les écoles ne sont pas subitement devenues le lieu de tous les dangers en mars ", tient à préciser la ministre Désir. Alors, qu’est-ce qui a changé depuis la semaine passée ? "J’ai toujours indiqué que l’école ne devait fermer qu’en tout dernier recours, mais qu’elle devait participer à l’effort collectif." La semaine passée, elle était seule montrée du doigt. Quant à la décision de suspendre les activités pédagogiques dans les écoles maternelles, elle s’appuie sur quatre constats. "Des problèmes d’organisation pour les écoles fondamentales, des questions d’égalité de traitement, la limitation demandée des contacts et le refus que le maternel soit pris pour une garderie."

Des réactions de soulagement

De son côté, le Segec (l’enseignement catholique) se dit globalement satisfait. "Cette décision, estime le directeur général Étienne Michel, va contribuer à ramener la sérénité. Elle permettra aussi aux élèves de récupérer et à tout le monde de préparer la rentrée du 19 avril dans de bonnes conditions." Soulagement aussi du côté de l’Ufapec (les parents de l’enseignement catholique). "La décision est raisonnable, déclare Bernard Hubien, même si, bien sûr, la suspension d’une semaine de cours n’est pas la meilleure des choses. Cela nous montre en tout cas que la pandémie n’est pas jugulée. Espérons que cet arrêt permette de faire baisser la pression épidémique."

Enfin, côté syndical, on se réjouit en particulier du changement de cap concernant les écoles maternelles. Roland Lahaye (CSC-Enseignement) évoque "un petit soulagement". "Celui-ci est de nature à apaiser les instits du maternel", ajoute Emmanuel Fayt (Sel-Setca). "Le problème, constate Joseph Thonon (CGSP-Enseignement), c’est que la peur s’est installée dans les écoles. Il va maintenant falloir réparer cela." Puisque l’objectif reste de faire revenir tout le monde à temps plein en classe le lundi 19 avril…