Alors que les grandes lignes du déconfinement se dessinent en Belgique, le flou demeure au niveau de l'enseignement supérieur. La ministre Valérie Glatigny s'était exprimée ce jeudi 23 avril pour rassurer les étudiants inquiets au sujet de la tenue des examens à distance. Elle a quoi qu'il en soit écarté l'idée d'annuler tout bonnement les épreuves de fin d'année. Pour ce qui est des modalités d'examens effectués à domicile, la libérale a affirmé que les étudiants devront avoir le droit de refuser d'être filmés. "Si c’est le cas, les établissements doivent prévoir la possibilité d’une surveillance physique", avait-elle précisé.

Des propos qui n'ont pas manqué de faire réagir Jean-François Raskin, administrateur général de l'IHECS." Nous avons énormément d’inquiétudes quant à l’organisation de la session d’examens de juin, a-t-il regretté. J’ai toujours dit que j’étais pour le report de certains examens en septembre. Et notamment pour les examens qui imposent de réunir des grands groupes. En première année, nous avons des groupes de plus de 700 étudiants. Il n’est pas possible d’assurer du présentiel avec les mesures de sécurité imposées par le Gouvernement et le distanciel pose des questions qui ont été soulevées d’ailleurs par les étudiants et certains membres des corps académiques des universités et hautes écoles : sécurité juridique, égalité des conditions techniques et sociales, risque de fraude…"

Des capacités matérielles qui font défaut

L'administrateur générale de la haute école bruxelloise pointe du doigt un manque de concertation dans le déroulement de discussions sur cette fin d'année académique. "Cela a souvent conduit les universités à prendre des positions de manière unilatérale et qui a mis les autres acteurs de l’enseignement supérieur dans une situation peu confortable", a-t-il ajouté.

Revenant sur la possibilité d'une surveillance physique pour les étudiants refusant d'être filmés, Jean-François Raskin ne voit pas comment cela peut être appliqué. "Encore faut-il avoir les capacités matérielles pour accueillir tous ces étudiants si l’institution doit fournir le matériel – il y a peu d’endroits où on peut disposer de plusieurs centaines d’ordinateurs pour un seul examen…Encore faut-il avoir la possibilité de faire respecter les mesures de distanciation physique lorsque l’institution doit accueillir plusieurs centaines d’étudiants", a-t-il souligné.

L'administrateur général de l'IHECS est univoque: la solution, selon lui, aurait été d’organiser en juin tous les examens individuels à distance. "Les technologies commencent à être utilisées et sont efficaces, plaide-t-il. Tous les autres examens pourraient être programmés fin août avec une délibération début septembre. On pourrait d’ailleurs poursuivre, sous conditions, certaines activités académiques jusqu’à la mi-juin." En cas d’échecs, M. Raskin évoque la possibilité d'organiser une seconde session fin septembre et de retarder exceptionnellement la rentrée académique au 1 octobre.

"Pas de carnage, mais pas l'Ecole des Fans non plus"

La ministre de l'Enseignement supérieur avait enfin précisé ne pas vouloir annuler les épreuves de fin d'année par "crainte de voir attribuer des diplômes au rabais". Elle avait également évoqué un impact d'une telle suppression des examens sur les métiers en pénurie. "Il faut que les étudiants puissent être diplômés comme prévu pour ne pas aggraver la pénurie", expliquait la libérale.

Encore une fois, un discours que sanctionne vivement Jean-François Raskin. "Est-ce que cela justifie qu’une partie de l’année passe en pertes et profits, s'interroge l'administrateur général de l'Ihecs. Ce sont souvent des stages de fin d’études et des cours les plus pointus qui certifient la qualité professionnelle des diplômés. Est-ce la pénurie justifie qu’on l’on brade quelque part cette exigence ? Pas de carnage, pour reprendre l’expression du recteur de l’ULB bien évidemment mais pas l’Ecole des Fans non plus."