Les référentiels qui balisent le futur tronc commun dévoilent de premières surprises. En langues, français et latin notamment.

Les nouveaux référentiels qui se préparent dans le cadre du Pacte pour un enseignement d’excellence ont fait l’objet d’une longue séance en Commission de l’Éducation, ce mardi matin. On y voit de plus en plus clair sur ce que seront les cours du futur tronc commun, de la première primaire à la troisième secondaire (pour rappel : le premier référentiel des compétences initiales pour le maternel a déjà été présenté). “Le processus lancé en janvier 2018 est en phase de concrétisation, a annoncé Marc Romainville de la Commission des référentiels. Une double relecture par des enseignants volontaires et des experts s’achève. Sur base des dernières remarques, les textes seront finalisés et transmis au gouvernement pour fin mars.” Fixer sur papier ce que chaque élève doit montrer comme compétences à chaque étape est un “travail d’horlogerie fine”, a-t-il souligné en insistant sur l’ampleur de la tâche accomplie et les nombreux consensus qu’il a (difficilement parfois) fallu trouver.

1) Quels sont les grands principes qui traversent toutes les matières ?

Neuf référentiels détaillent les neuf domaines de compétences. C’est le quoi. Le comment devra être développé plus tard dans les programmes. Chaque référentiel a fait l’objet d’un groupe de travail spécifique dont la présidente ou le président est venu(e) résumer l’aboutissement. Au fil des exposés, quelques grandes idées se répètent. Jamais ce qui est attendu des élèves n’a été précisé de façon aussi fine. La progression se fait en spirale (on réutilise des choses connues en les complétant). La notion de plaisir d’apprendre est convoquée un peu partout, ainsi que la cohérence avec les compétences initiales du maternel et des passerelles entre domaines. Enfin, l’apprentissage de la langue française apparaît transversalement.

2) Qu’est-ce qui changera dans les cours par rapport à aujourd’hui ?

Le français couplé aux langues anciennes poursuit 4 ambitions : écouter, parler, lire et écrire. Une attention particulière au code (le principe alphabétique) est préconisée en début de primaire ainsi qu’une juste place pour la grammaire et l’orthographe (objectif : 90 % de formes correctes en fin de tronc commun). Tous les genres littéraires sont sur le même pied (roman, textes de loi, formulaires administratifs,…) Le latin apparaît en 2e et 3e secondaires (2h/semaine). L’objectif n’est pas de former des latinistes. Cette formation générale soutient le français et participe à construire une base culturelle commune à tous.

En langues modernes, une nouveauté apparaît jusqu’en 2e primaire : l’éveil aux langues pour stimuler la curiosité et les sensations sans cibler une langue en particulier. Il ne s’agit pas de préparer l’apprentissage mais d’exercer l’oreille. Autre grande nouveauté : une première langue étrangère pour tous dès la 3e primaire (en 5e en Wallonie aujourd’hui). La deuxième arrivera en 2e secondaire (au lieu de la 3e). Du coup, les niveaux attendus seront relevés. En fin de 6e primaire, l’élève devra avoir le niveau de l’actuelle 2e secondaire. Et dès la fin de la 3e secondaire, les élèves devront montrer ce que font ceux de 6e maintenant !

L’éducation culturelle et artistique se déploiera en trois branches : expression française et corporelle, expression musicale et expression plastique. Trois branches pour deux périodes de cours dans le secondaire… Avec des savoir-faire et des compétences très précises pour chaque année.

En mathématiques aussi, le référentiel cible les attendus avec précision là où les actuels socles de compétences restent vagues. La terminologie des domaines étudiés change pour plus de clarté. On ne dira plus Solides et figures, mais Des objets de l’espace à la géométrie par exemple.

Actuellement, les sciences n’existent par en primaire. Elles deviennent un domaine de compétences dès le début du tronc avec 4 visées : pratiquer les sciences, mettre en œuvre l’investigation, maîtriser les principes élémentaires et saisir les limites et les risques.

L’ATNM (pour “Applications technologiques et manuelles et numérique”) est nouvelle venue. Jusqu’ici, le numérique n’était pas pris en compte et l’éveil technologique plutôt limité. La formation au numérique (pas “par le numérique” !) est à présent un domaine en soi, comme la formation manuelle, technique et technologique. Pas question de les transformer en cours de bricolage !

Les sciences sociales rassemblent la formation historique, la formation géographique, et la formation économique et sociale. Problème : seules deux périodes y sont consacrées en primaire et quatre en secondaire. C’est clairement un recul par rapport à l’histoire et la géo actuelles.

Le référentiel d’éducation à la philosophie et à la citoyenneté réalise l’exploit de pouvoir être décliné de façon disciplinaire (un cours en soi) ou transversale (dans l’enseignement libre). Une attention particulière a été apportée, pour ne pas tomber dans le cours à restituer par cœur, dans la rédaction des acquis attendus.

Enfin, l’éducation physique et la santé sont tournées vers le bien-être de l’élève. Tout le contraire de performances à réaliser.

3) Quels problèmes reste-t-il à résoudre à partir de maintenant ?

Le principal concerne la formation des enseignants. Tous les changements doivent être intégrés dans leur formation continuée et à l’initiale. Les inquiétudes principales concernent l’artistique, le technologique et numérique et, pour les primaires, les sciences.

4) Quand tout ceci entrera-t-il concrètement en vigueur ?

Le tronc commun va se construire d’année en année et les référentiels seront utilisés suivant le même agenda. Dès la prochaine rentrée en maternel. En 1e et 2e primaires en 2021-2022, en 3e en 2022-2023, etc. Pour atteindre la 3e secondaire en 2028-2029.