"Les contaminations concernent 0,036 % de la population scolaire”, nous indiquait-on au cabinet de la ministre de l’Éducation, Caroline Désir (PS), jeudi après-midi. Soit 36 pour 100 000 élèves. “Il est certain que cela nécessite des capacités d’adaptation de la part des équipes concernées et que cela génère un surcroît de travail, mais la grande majorité des écoles continuent à fonctionner tout à fait normalement.” Le relevé hebdomadaire de l’ONE a confirmé en début de soirée. Avec 354 cas signalés du 7 au 13 septembre, on compte six fois plus d’infections qu’une semaine plus tôt (on était alors à 0,006 % ou 6 pour 100 000 élèves). Concernant les quarantaines, on est passé de 496 personnes écartées la première semaine à 2110. “Ces chiffres sont à considérer dans le cadre d’une semaine d’écoles complète avec l’ensemble des élèves, y compris dans le secondaire et sont encore en dessous de ce qui est attendu étant donné le niveau épidémique actuel dans la population belge” précise l’ONE.

Trop rapides, les fermetures d’écoles ?

Si la proportion reste marginale, il faut constater une forte et rapide progression. Sans oublier que les chiffres sont en retard d’une semaine sur le terrain. Autrement dit, la réalité d’aujourd’hui diffère encore du constat posé. Et vu les annonces de ces deux derniers jours, on devine dans quel sens elle évoluera.

Ce jeudi, la commune de Molenbeek a fermé ses deux écoles secondaires pour deux semaines : 4 professeurs ont été testés positifs dont 2 enseignent dans les deux établissements. On suspecte une contamination via la salle des professeurs. Tous les enseignants sont en quatorzaine, ce qui suspend de facto l’organisation des cours durant quatorze jours. Résultat : 923 élèves à la maison. La veille, une école primaire de Schaerbeek avait fermé ses portes pour la même raison : 5 enseignants contaminés en une semaine.

Le suivi et la gestion de la pandémie en milieux scolaires sont assurés par l’ONE, grâce à la collaboration des services PSE et des centres PMS des écoles, avec l’Aviq (l’autorité sanitaire de la Région wallonne) et la Cocom (sa consœur bruxelloise). L’avis de la Cocom a été sollicité dans les deux cas qui précèdent. C’est elle qui a soupçonné l’existence d’un cluster et conseillé les mesures à prendre. Celles-ci ont été annoncées par les bourgmestres, s’agissant d’écoles communales.

Les annonces disparates de quarantaines donnent pourtant à certains l’impression que chacun fait un peu comme il veut. Le règlement concernant la fermeture de classes et les tests obligatoires est très clair. Est-il pour autant respecté ? “Certaines fermetures sont trop rapides”, soupçonne Joseph Thonon (CGSP-Enseignement). “Il ne faut pas que les décisions soient à géométrie variable”, s’inquiète Roland Lahaye (CSC-Enseignement). “On agit un peu dans la précipitation, ce qui entretient un climat anxiogène”, ajoute Emmanuel Fayt (Sel-Setca). Du coup, les syndicats craignent un effet boule de neige et des fermetures en cascade. Les pouvoirs organisateurs réfutent. “Je n’ai pas l’impression que les décisions de fermer des classes ou une école soient prises à la légère”, affirme Etienne Michel, le directeur général du Segec (l’enseignement catholique). “On a fait reprendre tout le monde à temps plein dans des bâtiments qui ne permettent pas de respecter les distances de sécurité, alors ce qui se passe dans la société se répercute dans les écoles.”

Vers un code orange ?

Faut-il s’attendre à un basculement du code jaune (risque faible de contamination) à l’orange (risque modéré) ? Personne ne peut l’exclure. Dans le fondamental et le début du secondaire, ça ne changerait pas grand-chose. Pour les quatre dernières années du secondaire, par contre, cela signifierait seulement 2,5 jours en classe par semaine. Une catastrophe en termes d’équité relèvent les syndicats. “Les conditions seront différentes”, observe Etienne Michel. “Les 2,5 jours de présence serviront à organiser le travail à domicile, le contact ne sera pas rompu.” N’empêche, les ordinateurs ne sont pas tombés du ciel pendant les vacances. Et pour les syndicats, les écoles ne sont pas prêtes.

Heureusement, on n’en est pas là. En attendant, parents et établissements s’organisent avec les absences. La Ligue des familles réclame sans succès un congé spécifique pour pouvoir garder les enfants écartés des classes. Et les syndicats s’inquiètent de la pénurie d’enseignants qui s’aggrave. Se repose, à ce sujet, la question de l’occupation des enseignants écartés sans être malades : ne pourraient-ils pas enseigner à distance  pour grossir les rangs?