Les différents gouvernements voulaient absolument que la rentrée scolaire ait lieu. "Les efforts permettront une rentrée pour tous", déclarait le 20 août lors de la conférence de presse à l’issue du CNS la Première ministre, Sophie Wilmès.

Pour tous, mais dans quelles conditions ? Au retour express de quelques semaines après deux mois de confinement ont succédé les vacances estivales. "J’aurai dans ma classe de 6e primaire des enfants qui ne sont plus venus à l’école depuis le mois de mars", illustre Emmanuelle Lepage, directrice adjointe et institutrice au collège du Biéreau à Louvain-la-Neuve. "Certains jours, en fonction de l’actualité, le taux d’absentéisme touchait un enfant sur deux", abonde Gaëtan Huygens, directeur de l’école Henriette Dachsbeck à Bruxelles-ville.

Après la répétition générale, la première

La rentrée scolaire 2020-2021 sera donc particulière, au même titre que le fut la "rentrée" de juin Dans le climat anxiogène provoqué par le nouveau coronavirus, que mettent en place professeurs et directions pour que les enfants - mais aussi leurs parents - la vivent de la manière la plus sereine possible ?

Si la situation est inédite, des leçons ont pu être tirées du retour des élèves en classe après le confinement. Et les outils déployés alors pourraient bien servir à nouveau. "C’était une répétition générale. On a donc déjà un plan d’action pour les situations d’urgence, que nous réitérerons dans les grandes lignes", entame Gaëtan Huygens.

"Durant le confinement, nous avions maintenu le contact avec les familles via WhatsApp et par téléphone avec les parents les plus réticents à remettre leur enfant à l’école", se souvient Julie Macq, institutrice à l’école fondamentale Enfant Jésus à Bruxelles. Chaque famille avait été appelée et s’était vu expliquer les mesures sanitaires mises en place à l’école. "Le dialogue avec les élèves et les familles est primordial pour désamorcer le plus possible les angoisses", motive la jeune prof. Car le stress, s’il est parfois présent chez les enfants, est surtout palpable… chez les parents, confient nos interlocuteurs. À cet égard, "une lettre sera envoyée aux parents pour leur expliquer les mesures sanitaires relatives au code jaune", abonde Emmanuelle Lepage, à défaut de pouvoir les aborder avec chacun personnellement de visu. Quant aux élèves, ils seront briefés - dans certains cas par la direction elle-même - à leur arrivée à l’école. Pour bien comprendre le contexte de la rentrée, "l’infirmière de l’école ira expliquer dans les classes ce qu’est le Covid et répondra aux questions des enfants sur le volet médical et scientifique", ajoute Gaëtan Huygens.

Ménager des espaces de parole

Si les établissements se veulent rassurants sur les mesures sanitaires déployées, il n’en reste pas moins qu’ils ne peuvent ignorer la dimension psychologique. C’est d’ailleurs sur ce point précis que seront mobilisés les enseignants.

À nouveau, la clarté et la transparence du dialogue sont prônées. "En mai dernier, nous avions pris le temps de la discussion avec les enfants pour savoir comment ils se sentaient et comment ils avaient, chacun, vécu le confinement. Nous nous étions notamment appuyés sur une carte blanche rédigée par des pédiatres et sur la presse spécialisée pour la jeunesse pour rendre compte de ce que l’on savait des risques du Covid-19 pour les enfants", raconte Julie Macq. À la rentrée, elle réitérera le processus.

"Avec des 6e, c’est plus facile d’ouvrir la discussion", constate Emmanuelle Lepage. Alors, comme au mois de mai, elle proposera à ses élèves de réfléchir à quelques questions posées sur papier : Comment je me sens ? Pourquoi ? Quelles sont mes peurs ? Quelles sont celles de mes parents ? Ces discussions ne feront pas l’impasse sur le confinement, mais devraient laisser la place à ce que l’enfant a fait durant les mois écoulés, pour certains, depuis mars. "J’insisterai davantage sur leurs vacances : avez-vous pris l’avion ? Où êtes-vous partis ? Qu’avez-vous fait ? Et ainsi comprendre de quelle manière elles ont été chamboulées par le Covid", anticipe Emmanuelle Lepage. La parole sera libre. Le maître-mot, c’est l’écoute. "Et prendre le temps", insiste-t-elle.

"Il faut absolument libérer la parole et, pour ce faire, ménager des espaces, créer des moments pour que l’enfant puisse déposer son vécu, renchérit Gaëtan Huygens. Il va être primordial d’écouter, particulièrement ceux que l’on n’a pas revus depuis longtemps… Pour certains, surtout les enfants qui vivent dans la précarité, il y a certainement dû y avoir de la souffrance. Il faudra voir comment les aider." Éventuellement avec l’intervention du PMS.

Le dialogue avant les feuilles d’exercices

C’est d’ailleurs par cette discussion que doit absolument commencer l’année, martèlent Julie Macq et Emmanuelle Lepage. "Expliquer, échanger, partager ses émotions, c’est nécessaire afin de permettre à l’enfant d’être pleinement disponible pour aborder ensuite ses apprentissages", soutient la première. Pour Gaëtan Huygens, effectivement, "on ne peut pas mettre directement les enfants devant une feuille d’exercices". Il est essentiel de pouvoir "installer le travail sur les émotions sur un temps plus long, pour laisser le temps au groupe classe de créer un climat de confiance". Cela sera fait, notamment, dans le cadre du cours de citoyenneté.

Ces discussions permettront de "faire lien" avec les parents, pense Emmanuelle Lepage. "Les enfants raconteront ce dont on a parlé en classe, et cela permet souvent de faire sauter des non-dits familiaux, pense-t-elle. Les enfants sont le meilleur moyen de rassurer les parents."

Dessins, chansons, bricolages

Pour les tout-petits, pour qui le langage n’est pas encore tout aussi abouti, les professeurs doivent regorger de créativité. D’autres formes d’expression sont privilégiées : dessins, chansons, bricolages, comptines… "On mettra en place des activités ludiques qui permettent en même temps d’intégrer les bonnes pratiques. Par exemple, un chant accompagné d’une gestuelle pour le lavage des mains", confie une institutrice de 2e maternelle à Schaerbeek. Ceci étant d’autant plus approprié qu’un bon nombre d’élèves ne parlent pas le français à la maison et éprouvent, après de longs mois d’absence, des difficultés à s’exprimer dans la langue de Molière.

Enfin, pour désamorcer les angoisses, "le dialogue doit faire place à autre chose, pour que l’on reprenne le cours d’une vie normale", ajoute Julie Macq. Gaëtan Huygens n’est d’ailleurs "pas inquiet sur la capacité d’adaptation et de résilience des enfants… bien plus élevée que celle des adultes".

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