L’enquête Pisa de l'OCDE sur les performances des élèves de 15 ans en lecture, en math et en sciences montre que, chez nous, elles ne s'améliorent pas. Cela dit, les ados lisent plus en ligne, sont meilleurs en travaillant avec plusieurs sources et saluent l’enthousiasme de leurs profs de français.

C’est un événement toujours attendu. L’OCDE a publié ce mardi matin, à 9h pile, les résultats de sa dernière enquête Pisa (79 pays ou systèmes éducatifs ont pris part à ce septième cycle, dont la Fédération Wallonie-Bruxelles). Comme tous les trois ans, ce sont les élèves de quinze ans (3221 natifs de 2002 issus de 107 établissements, à différents niveaux de leur parcours scolaire) qui ont passé les deux heures de test dans trois matières : la lecture (avec un focus particulier sur cette compétence-là pour cette édition 2018), les math et les sciences.

Élément de contexte intéressant : environ un participant sur deux (53 %) était “à l’heure” (en 4e secondaire). C’est légèrement mieux qu’en 2015. Seulement 10 % d’entre eux étaient encore dans le premier degré et 32 % en troisième... Il faut donc le confirmer une fois encore: la Fédération Wallonie-Bruxelles conserve son record en matière de retard scolaire.

Globalement, les résultats ont peu changé

L’étude 2018 confirme aussi le tassement des performances en lecture observé en 2015, avec un petit recul supplémentaire qui place la Fédération Wallonie-Bruxelles (score : 481) sous la moyenne OCDE (487), et également derrière la Communauté flamande (qui ferme le Top 7 à 502) et la Communauté germanophone (483).

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Les résultats en math (495) sont en léger mieux avec un score juste supérieur à la moyenne OCDE (489), mais toujours derrière la Communauté flamande (518) et la Communauté germanophone (505).

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Enfin en sciences, c’est le statu quo. La Fédération (485) flirte avec la moyenne OCDE (489), loin derrière la Flandre (510), mais devant la Communauté germanophone (483).

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“Ce que je retiendrais, c’est que rien n’a changé, commente Dominique Lafontaine, professeur en Sciences de l’Éducation à l’ULiège et participante au programme pour la Fédération Wallonie-Bruxelles. Une grande réforme a été initiée, le Pacte d’excellence, mais il n’en est qu’à ses débuts. Les résultats Pisa précédents ont initié des changements qui vont mettre longtemps à devenir concrets. Il ne faudrait surtout pas qu’un effet de lassitude freine le travail.”

Et de confirmer sa certitude qu’agir sur le tronc commun et la diminution des retards est une bonne chose.

Des lecteurs multisources

Trois processus sont étudiés : trouver l’info, la comprendre, et l’évaluer. Il y a moins d’élèves très performants en lecture dans notre Fédération que la moyenne OCDE et plus d’élèves très peu performants. Un élève sur quatre atteint, au maximum, le 2e niveau sur 6 pour les trois démarches...

Dans cette grisaille, une bonne nouvelle : les jeunes francophones se montrent bien plus efficaces lorsque les exercices font jouer des sources multiples. Les tests Pisa s’adaptent à l’ère numérique. Une partie des questions reflètent donc cette vision actualisée de la lecture. Chez nous, l’écart entre l’utilisation d’une source unique et celle, moderne, de plusieurs sources à la fois est relativement élevé.

Gros écarts entre élèves, moins entre écoles

Plusieurs autres facteurs amènent à relativiser les résultats. Le principal est l’écart important de performances entre élèves.

En lecture, les filles performent davantage (23 points de différence), ce qui n’est rien en comparaison de la différence entre natifs belges et immigrés (46 points de différence), entre les élèves “à l’heure” dans leur parcours et les autres (écart : 105 points), et entre les plus performants et ceux qui le sont moins (107 points de différence!)

Notre Fédération affiche toutefois une spécificité positive : à niveau social équivalent, les performances des immigrés par rapport aux élèves belges présentent peu de différence. C’est rare. En outre, on voit aussi qu’en dix ans, la part de variance entre établissements a diminué entre les deux études. Ce qui signifie que les résultats des élèves se ressemblent plus d’une école à l’autre.

Le goût du livre est mort mais vive la lecture en ligne

Un très intéressant volet de l’étude 2018 scrute les habitudes de lecture des jeunes. C’est clair, les pratiques traditionnelles dégringolent. Les critères positifs (“la lecture est mon loisir préféré”, “j’aime parler de livres avec des amis”,…) s’écroulent. Les négatifs (“je lis seulement si j’y suis obligé”,…) explosent.

En examinant de plus près certaines réponses, on s’aperçoit que la lecture n’a pas disparu. La lecture en ligne, elle, est bien présente. “Une mauvaise compréhension des questions a sans doute un peu grossi le trait, explique Dominique Lafontaine. Je pense que quand on demande aux jeunes s’ils lisent, ils pensent automatiquement un livre. À certains égards, ils lisent peut-être même plus qu’avant…”

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Numéro Un de l’indiscipline 

Enfin, à l’occasion de cette étude Pisa 2018, les ados ont également été sondés sur des éléments relatifs à l’ambiance scolaire. Les résultats se basent sur les ressentis des élèves, avec un premier indicateur très négatif. La Fédération Wallonie-Bruxelles décroche la médaille d’argent du chahut en classe. Seule la France fait pire. Plus de la moitié des élèves se plaignent du bruit qui perturbe chaque cours de français ou quasiment. Plus de 38 % rapportent que le travail ne commence que longtemps après le début supposé d’une leçon.

Pourtant, ce n’est pas une question de taille des groupes. Avec une moyenne de 21 élèves par classe, les cohortes de la Fédération sont moins nombreuses qu’en France (31), en Espagne (29) ou au Canada (27). Peut-être d’implication des parents (que les réponses disent fort peu concernés)?

Nettement plus optimiste : les jeunes évoquent volontiers l’enthousiasme de leur prof de français ainsi qu’un sentiment prononcé d’appartenance à leur école.

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