"Cette réforme-là, on n'en veut pas!", martèlent en choeur la CSC-Enseignement, le Setca-SEL pour l'enseignement libre, ainsi que l'APPEL (CGSLB) après avoir pris connaissance dans le détail de l'avant-projet de décret adopté en 2e lecture par l'exécutif le 30 avril dernier.

"Nous rejetons ce texte avec force car il est désespérant!", s'insurgent les trois syndicats dans un communiqué commun auquel ne se sont toutefois pas joints la CGSP-Enseignement ni le SLFP.

"Il balaye définitivement d'un revers de la main dix années de travaux préparatoires! Valorisation du métier, professionnalisation de la fonction enseignante, préparation des étudiants à enseigner dans le cadre d'un vrai tronc commun polytechnique et pluridisciplinaire, nécessité d'allonger les études à cause de l'accroissement des connaissances dans les domaines disciplinaire, didactique et pédagogique, réponse aux défis du Pacte, revalorisation barémique, lutte à long terme contre la pénurie d'enseignants, tout cela est purement et simplement mis à la poubelle par le gouvernement."

Annoncée depuis 30 ans, la réforme de la formation initiale des enseignants a été redéfinie juste avant la fin de la précédente législature. Elle prévoit notamment d'allonger de 3 à 4 ans la formation des instituteurs et régents.

L'actuel gouvernement a toutefois décidé de reporter son entrée en vigueur afin d'y apporter quelques adaptations et d'en maîtriser l'impact financier pour les maigres finances de la FWB.

L'avant-projet adopté fin avril par l'arc-en-ciel sous l'impulsion de la ministre en charge de l'Enseignement supérieur Valérie Glatigny (MR) introduit ainsi une nouveauté: les étudiants en formation pourront commencer à exercer leur métier dès leur dernière année de formation en tant que "professeur-étudiant".

Pour les syndicats, avec ces changements, le gouvernement "instrumentalise" en réalité la réforme pour répondre à la pénurie d'enseignants.

Mais "ce n'est pas en bouchant les trous dans les écoles par des étudiants en cours de formation que le métier sera revalorisé. La seule façon de résoudre dans la durée le problème de la pénurie passe par une réelle revalorisation du métier et une nette amélioration des conditions d'entrée dans le métier. Cette amélioration doit passer par un salaire plus attractif pour les enseignants débutants, une stabilité d'emploi plus précoce et des conditions de travail adaptées. Il faut en outre renforcer l'accompagnement des jeunes enseignants par une formation professionnelle continuée pertinente, en reconnaissant que les premières années sont cruciales pour l'approfondissement des compétences professionnelles acquises au cours de la formation initiale. Nous exigeons le retrait de ce texte et le retour à une réforme ambitieuse et porteuse de sens!", tonnent les syndicats.

Pour eux, cette "réforme Glatigny sabote les objectifs d'amélioration du système éducatif".

"La 4e année (alors que nous en réclamions 5) de formation initiale doit servir à augmenter la quantité et la qualité des contenus de formation des enseignants, et non à leur donner l'illusion qu'on accompagne leur entrée dans le métier! Une revalorisation barémique significative des enseignants n'est pas une option mais une nécessité!", concluent les trois syndicats.

Dans un réaction auprès de l'agence Belga, la ministre Glatigny estime que présenter la dernière année comme uniquement portée sur l'entrée dans le métier "est totalement réducteur".

"La dernière année du master en quatre ans prévoit maximum 20 crédits sur 60 de formation pratique. Mais il est vrai que l'un des objectifs de cette dernière année sera bien d'accompagner les étudiants à entrer dans le métier. C'est assumé", dit-elle.

En réponse aux critiques des syndicats, la ministre ajoute que le texte adopté en 2e lecture prévoit bien des compétences communes pour tous les enseignants francophones. "Il précise les quatre domaines de compétences génériques à développer, quelle que soit la filière suivie, par tous les futurs enseignants francophones, permettant justement de répondre aux besoins de la mise en œuvre du Pacte pour un enseignement d'excellence - dont l'un des objectifs est d'augmenter encore la qualité de la formation de tous les professeurs".

Quant à la demande syndicale d'une revalorisation barémique, "celle-ci sera envisagée dans le cadre budgétaire plus large de la Communauté française".

Un groupe de travail, piloté par le ministre-président, avec la ministre de l'Education et la ministre de l'Enseignement supérieur, sera chargé d'évaluer "l'éventuelle revalorisation barémique" dans le cadre plus global du financement de l'enseignement. Ces négociations commenceront en juillet, assure la ministre.