Trop d’étudiants tombent dans le piège de la fausse impression de réussite créée par le décret Paysage. La réforme qui devrait entrer en vigueur en 2021-2022 se prépare. Des restrictions à l’actuel parcours sur mesure sont en réflexion. Les modalités restent à définir.

Tout le monde convient de l’importance de réformer le décret Paysage qui réglemente le parcours de l’étudiant dans l’enseignement supérieur en Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) depuis 2014. En procédant par crédits et non plus par années d’études (lire le lexique de rappel ci-dessus), le texte a complexifié, fragilisé et rallongé les parcours.

Pour rappel, 45 crédits réussis avec 10/20 permettent aujourd’hui à un étudiant de bac 1 de s’inscrire pour ce qui constituera, pour lui, une deuxième année d’études (pour laquelle 60 crédits seront à nouveau à son programme) sans qu’il ait "réussi" pour autant toute la matière de première. Même chose en deuxième, et ainsi de suite.

"Il est important de modifier le décret le plus tôt possible", a déjà dit la ministre de tutelle, Valérie Glatigny (MR), à maintes reprises.

Clarifier la notion de réussite

Objectif ? Redonner plus de structure au parcours pédagogique. "Les avis des personnes que j’ai rencontrées sont unanimes : toutes me disent que les étudiants ne parviennent pas à gérer cette autonomie. La question est de savoir où placer le curseur. Peut-être avons-nous trop fait confiance à leur capacité d’autogestion" , déclarait-elle il y a un mois, au Parlement, en annonçant que les consultations informelles feront place à une consultation formelle pour "déterminer des balises permettant aux étudiants de mieux se situer" . Quand ? Sans doute en mai et juin.

Concrètement, il s’agit de clarifier la notion de réussite, une priorité chère aux recteurs des universités.

Mais où mettre la barre ? On sait que l’intention de la ministre Glatigny est d’ajuster le décret, pas de l’abandonner ni de le modifier complètement. Le préambule est important. Celui-ci aussi : les consultations ne font que commencer, ce qui rend impossible d’annoncer le détail des mesures ni, forcément, les exceptions qui permettront toujours de les adapter dans certains cas. D’autant qu’une fois arrêtées, les modifications devront effectuer ensuite tout un parcours exécutif et législatif laissant libre la voie à des corrections supplémentaires. N’empêche : le but est que des changements aient lieu dès l’année académique 2021-2022. Il n’y a donc pas de temps à perdre.

C’est dans ce contexte que le hasard de quelques clics nous a mis d’intéressantes précisions sous les yeux, qui dévoilent l’esprit de ce qui se prépare. Selon cette source universitaire, une réforme en deux temps est en chantier.

Le campus de l'Université Libre de Bruxelles (ULB) © BELGA

D’abord le "bloc 1" et puis le reste

À court terme, la réforme prévoit de corriger le plus vite possible les défauts principaux du système - dont la tendance au rallongement des études. Et parmi les actions envisagées pour y parvenir figure la réussite complète des crédits du "bloc 1" (autrement dit, de toutes les matières qui figuraient au programme du bac 1, la première année de cours d’un étudiant) pour pouvoir accéder à la suite. L’intention est que l’acquisition de 60 crédits redevienne la priorité des étudiants, quitte à ce que l’un ou l’autre cas particulier soit toléré en fonction de circonstances exceptionnelles. Que chacun puisse évaluer rapidement ses chances de réussir. Que des réorientations soient possibles le plus vite possible.

Dans le même ordre d’idées, et selon cette même source, les conditions d’accès au deuxième cycle (le master) doivent être rebalisées. Trop d’étudiants accèdent encore aujourd’hui au cycle supérieur en n’ayant pas réussi certains crédits du bachelier (ce qui apparaît pédagogiquement curieux mais aussi difficile à organiser, surtout quand le passage en master correspond à un changement d’institution avec, du coup, au moins deux adresses de cours différentes…).

Une "grande réforme", dans un second temps ?

La réforme du décret Paysage se basera sur son évaluation, actuellement en cours. En fonction des résultats de celle-ci, et malgré le souhait de ne pas introduire une nouvelle révolution qui chamboulerait une fois encore le secteur tout entier, peut-être des changements de plus grande ampleur sembleront-ils utiles. Une réflexion plus profonde pourrait alors être envisagée dans un second temps.

La ministre Glatigny n’a, pour l’heure, pas souhaité se prononcer sur aucun de ces détails. Si une action sur le début du parcours académique ne semble faire aucun doute dans son chef, elle précise que "tous les changements devraient entrer en vigueur en même temps en 2021-2022" et qu’elle attendra "la fin des consultations pour d’autres précisions".

Lire aussi: Décret Paysage: "Il faut rendre les parcours d’étudiants moins chaotiques"

Parlez-vous "décret Paysage" ? Petit lexique...

Qu’est-ce que le crédit ? C’est l’unité correspondant au temps consacré, par l’étudiant, à une activité d’apprentissage. Autrefois, on aurait dit "le nombre d’heures que représente tel cours". À chaque activité d’apprentissage ou ensemble d’activités d’apprentissage (on parle d’unités d’enseignement) correspond donc un nombre de crédits (de 1 à 30). Lors de la délibération, le jury "octroie les crédits". Ceux-ci sont acquis définitivement.

Le bloc 1 ? C’est l’ensemble des crédits de la première année du 1er cycle (bac 1) tels que fixés dans le programme d’études. Avant, on aurait dit "tous les cours de première".

Le programme d’études ? C’est l’ensemble des activités d’apprentissage qui constituent un cycle d’études et qui conduisent à un grade académique. Le programme de tout cycle d’études propose une découpe chronologique en blocs annuels de 60 crédits.