Le tribunal correctionnel doit dire ce mercredi si Fouad Belkacem est bien le chef d’un groupe terroriste.

C’est un jugement exceptionnel à plus d’un titre qui est rendu ce mercredi à Anvers. Le tribunal correctionnel d’Anvers sera le premier ce mercredi à se prononcer sur une filière présumée d’envoi de combattants en Syrie. D’autres procès sont attendus, à Bruxelles notamment.

Ils seront 8 dans le box des prévenus à attendre le jugement. Mais ils sont 38 à faire défaut : une dizaine seraient morts au combat tandis que la petite trentaine d’autres seraient toujours en Syrie. Les peines pourraient être très lourdes : jusqu’à quinze ans de prison, requis par le ministère public contre 9 prévenus.

Au centre de ce procès figure Fouad Belkacem en qui le procureur fédéral Ann Fransen voit "l’incontestable numéro un" de Sharia4Belgium. Le "bilan" de ce groupe d’orientation salafiste djihadiste est impressionnant. En mars 2010, Fouad Belkacem n’était entouré que d’une personne lorsqu’il a fondé le groupe qui prône, par la violence s’il le faut, un retour à l’islam des origines.

Le groupe se fera d’abord connaître sur le Web. Ce seront ensuite les "Street Dawah", des prêches de rue sur le Meir à Anvers. Les recrues sont conviées dans les locaux de Sharia4Belgium pour des lectures et des leçons données par Fouad Belkacem. Il y aura aussi des formations aux sports de combat. Et pas question de manquer ces sessions : des rappels sont envoyés par SMS aux moins assidus.

Les pionniers du départ en Syrie

En août 2011, Sharia4Belgium étend ses activités à Vilvorde. En août 2012, les premiers membres partent pour la Syrie. En quelques mois, ils seront 45 à se rendre sur ce front syrien où ils rejoindront des groupes radicaux.

Les 7 hommes qui sont rentrés se retrouvent avec Fouad Belkacem sur le banc des prévenus, parfois après avoir payé un lourd tribut dans les combats : l’un a été amputé d’un pied, un autre a été atteint d’éclats de grenade à la tête. Plusieurs sont venus à la rescousse de Fouad Belkacem : ils disent avoir pris seuls la décision de rejoindre le front syrien. D’autres affirment que, sans Fouad Belkacem, ils ne seraient pas partis.

Ce dernier conteste les avoir envoyés en Syrie. Tout comme il nie être un terroriste. "Je suis un musulman orthodoxe, ni plus ni moins. Il y a bien des juifs orthodoxes. Il y a aussi des musulmans orthodoxes", a-t-il ainsi proclamé lors de la dernière journée des débats.

Des 46 prévenus, il est le seul à ne pas s’être rendu en Syrie. Et, si, à première vue, il est évident qu’il sera condamné pour terrorisme, en droit c’est bien plus complexe.

D’une part, il faudra que les juges considèrent que Sharia4Belgium est un groupe terroriste en Belgique et pas seulement en Syrie. D’autre part, l’instruction judiciaire Sharia4Belgium a été ouverte en 2012. Pas question dès lors de tenir compte les modifications introduites dans la loi le 14 mars 2013 qui criminalisent clairement l’incitation au terrorisme, le recrutement et la formation de terroristes.