Orson Welles n'aurait pas fait mieux. En adaptant le roman de science-fiction "La Guerre des mondes" il avait créé l'un des événements radiophoniques du siècle. En effet, les auditeurs avaient réellement cru au débarquement des extraterrestres dépeint par ce roman.

La RTBF hier a fait aussi bien ! A peine commencée, l'émission de fiction-réalité a déclenché un tonnerre de réactions de gens inquiets du séisme politique : la Flandre a déclaré unilatéralement son indépendance. Il n'y a pas que nos concitoyens qui y ont cru : des ambassades étrangères se sont elles aussi inquiétées de ce qui se passait dans le pays. C'est dire si le scénario élaboré par la RTBF était crédible. D'autant plus crédible que des hommes politiques et des ministres en fonction ont "joué le jeu".

Le Premier ministre lui-même, qui n'avait pas été prévenu, s'est déclaré scandalisé par cette émission produite par le service public, avec de vrais journalistes, la qualifiant d'"d'irresponsable et de mauvais goût".

Faut-il, avec Elio Di Rupo, considérer "qu'à un moment où notre pays est secoué par des volontés séparatistes, il est irresponsable et incivique de faire croire aux téléspectateurs du service public que les Flamands ont unilatéralement voté leur indépendance. Et, qui plus est, en mettant en cause la monarchie" ?

Certes cette émission a créé un choc et tel était bien le but recherché. Est-ce le rôle de la RTBF de produire une telle fiction ? Le moment est-il inopportun ?

La RTBF a un rôle "d'agitateur d'idées" à assumer et elle l'a fait. Ce qui paraît significatif, c'est que, dans une très large mesure, les citoyens francophones ont jugé le scénario crédible puisqu'ils ont cru, réellement, que la Flandre avait pris son indépendance. Depuis des mois, des années, les menaces d'éclatement du pays sont évoquées dans les journaux. Et soudainement, l'impossible devient possible.

Cette émission a le mérite de mettre le débat sur la place publique, d'en faire la chose des citoyens. Subir le débat plutôt qu'y prendre part peut conduire à rendre ce scénario possible. Il faut la prendre comme un appel à une réappropriation par le citoyen du débat public.

En cela, et malgré, ou à cause, des réactions outrées que l'émission provoque, "Bye bye Belgium" est une émission salutaire. Chacun doit se sentir concerné par le débat en cours. C'est de l'avenir du pays qu'il s'agit. A ceux qui aiment la Belgique de se faire entendre.

© La Libre Belgique 2006