Et si la Belgique se mettait à trembler ?

Gilles Toussaint Publié le - Mis à jour le

Belgique

La Belgique est souvent présentée comme une terre tranquille en matière de sismologie. Cette image correspond-elle vraiment à la réalité ? Le point sur la question avec Michel Van Camp, sismologue à l’Observatoire royal de Belgique.

A l’heure actuelle, à quel risque sismique potentiel notre pays est-il exposé ?

Nous nous trouvons dans une zone "intraplaque", à savoir à l’intérieur d’une plaque tectonique, alors que le Japon se trouve dans une zone "interplaque", à la jonction entre deux plaques. S’il est clair que la grande majorité des tremblements de terre a lieu à la frontière des plaques, il n’en demeure pas moins qu’un certain pourcentage de séismes a lieu à l’intérieur des plaques. Nos travaux consistent d’ailleurs à essayer de comprendre pourquoi. Il y a donc une activité sismique modérée, mais non négligeable dans nos régions.

Existe-t-il des zones plus concernées ?

Une zone bien identifiée est ce que l’on appelle le "Graben de la Roer". Il s’agit d’un fossé d’effondrement que l’on peut comparer à une sorte de mini grand rift africain. On ignore toujours la raison de la présence de ce fossé qui concerne la vallée de la Meuse à partir de Roermond aux Pays-Bas. Cela s’étend grosso modo entre Liège et Cologne, en remontant vers Eindhoven d’un côté et Duisbourg de l’autre. Ce fossé est bordé par des failles de part et d’autre de la vallée de la Meuse et de la Roer. Instrumentalement parlant, on enregistre régulièrement des tremblements de terre dans cette zone; le plus important étant celui de Roermond en 1992. D’une magnitude de 5,3 sur l’échelle de Richter, il avait causé des dégâts assez importants aux Pays-Bas. On l’avait ressenti jusqu’à Bruxelles et Liège, provoquant certaines chutes de cheminées.

Mais nous savons qu’historiquement dans la région de Düren en Allemagne, on est monté au-dessus de 6 en 1756. L’Observatoire royal de Belgique a également clairement mis en évidence que certaines failles ont produit des tremblements de terre dont la magnitude variait de 6 à 6,5 dans un passé plus ou moins récent allant de mille à quelques milliers d’années.

La région de Verviers a également connu un séisme de cette intensité en 1692, mais là on pense que c’est plutôt lié à des failles se situant dans le nord de l’Ardenne. Il avait fait des dégâts jusque dans le nord de l’Angleterre. Et nos régions ont encore connu d’autres tremblements de terre, notamment le sud de la mer du Nord. On peut considérer que tous les dix ans, nous pouvons avoir un tremblement de terre localement destructeur, comme à Liège en 1983 et tous les 300 ans un tremblement de terre destructeur pour l’ensemble du territoire. Mais on peut très bien subir deux gros événements en l’espace de 50 ans, puis avoir la paix pendant 500 ans.

On pense aujourd’hui que les tremblements de terre dans les zones intraplaques pourraient avoir lieu de manière aléatoire. Ce qui veut dire que ce n’est pas forcément là où l’on a connu un séisme de magnitude 6 par le passé que cela va se reproduire. Peut-être que le prochain sera à Bruxelles, Liège ou Arlon C’est certainement un point de vue à prendre en considération dans l’implantation des centrales nucléaires.

Justement, considérez-vous que ce risque sismique est suffisamment pris en compte dans notre pays ?

Non.

Le secteur affirme pourtant que les centrales ont été conçues pour résister à un séisme. Un niveau de résistance à une magnitude de 5,7 à 5,9 est souvent avancé. Ce ne serait donc pas suffisant ?

Je dis clairement que non. Les gens qui ont construit les centrales nucléaires n’ont d’ailleurs jamais demandé l’avis de l’Observatoire royal jusqu’à aujourd’hui. Le risque a sans doute été pris en compte, mais avec des données d’époque, sans doute trop optimistes. Les connaissances ont pas mal progressé depuis lors.

Que faudrait-il faire ?

D’abord refaire une évaluation correcte du niveau de secousses auxquelles les centrales peuvent être soumises et en tirer les conclusions. On peut imaginer que tout ce qui est structures en béton doit être bon, mais on peut peut-être s’inquiéter au niveau des pompes, des connexions de tuyaux, etc. Et si l’on va assister à une hystérie sur le nucléaire, il y a d’autres choses inquiétantes, notamment les terminaux pétroliers et pétrochimiques. A Tokyo, une raffinerie a pris feu alors que l’on était loin du séisme. D’aucuns affirment que c’est le tsunami qui a causé les dégâts plus que le tremblement de terre lui-même, mais il y a un bémol à cette vision : sur l’île le séisme a été relativement raisonnable au niveau vibratoire. Ce n’est pas ça le vrai test pour les infrastructures japonaises. Le vrai test au niveau vibratoire ce sera un tremblement de terre tel que celui qui a frappé Tokyo en 1923 ou un nouveau Kobé.

Et pour le reste des bâtiments belges, les normes sont-elles aussi insuffisantes ?

Il existe aujourd’hui une norme européenne qui se dénomme Eurocode 8. Elle est entrée en application début 2011. Nous avons travaillé à son adaptation pour les nouvelles constructions en Belgique en fonction du type de bâtiments. Le problème, c’est que c’est une norme et pas une obligation. Ce sont pourtant des mesures raisonnables. Pour la maison de "Monsieur tout le monde", il s’agit, par exemple, d’utiliser des formes géométriques simples ou d’éviter de placer des baies vitrées n’importe où.

Gilles Toussaint

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