Le philosophe Etienne Vermeersch, professeur émérite à l'université de Gand, est décédé vendredi dernier à l'âge de 84 ans, ont indiqué deux de ses collègues jeudi.  Le philosophe de l’Université de Gand initia des milliers d’étudiants à la philo. Il fut aussi un expert éthique écouté.

Il avait quitté la scène publique, il y a un an, rattrapé par une lourde maladie. Etienne Vermeersch dont des collègues de l’UGent ont annoncé jeudi le décès à l’âge de 84 ans fut sans conteste depuis près d’un demi-siècle un des intellectuels flamands et même belges les plus influents.

L’hérétique et le prince de l’Église

Celui qui avait initié des générations d’étudiants de l’Alma Mater gantoise aux subtilités de la philosophie – on cite le chiffre de 40 000 students – s’était progressivement imposé comme une personnalité médiatique. De haut niveau s’entend : le show et la téléréalité n’étaient pas sa tasse de thé. Il préférait de loin la confrontation intellectuelle comme dans un livre de débats avec Mgr André-Joseph Léonard intitulé “De ketter en de kerkvorst”.

Son franc-parler n’en bouscula pas moins une société flamande encore largement catholique par ses plaidoyers flamboyants pour les nouvelles législations éthiques. S’il se réjouit de la libéralisation de la contraception puis de l’avortement, il fut en première ligne dans le débat sur l’euthanasie. Cela ne l’empêcha pas d’être considéré comme un expert incontesté sur ces matières au sein du conseil consultatif de bioéthique. Etienne Vermeersch n’avait qu’un point commun avec l’archevêque précité : invité sur Klara, la radio classique de la VRT, il s’accorda avec le prélat pour reconnaître que les plus belles œuvres musicales avaient été composées pour Pâques. Il est vrai que Vermeersch s’était engagé dans une formation de jésuite avant de changer de cap radicalement et devenir le porte-parole emblématique des athées et des sceptiques.

Esprit libre, Vermeersch fut aussi critiqué parce que Théo Francken lui avait confié une mission d’expert dans le dossier de l’asile et de la migration. Là aussi, il choqua à l’occasion en assénant que les migrants avaient bien trop d’enfants. Lui-même n’avait d’ailleurs pas d’enfants.

Il y a 20 ans, le gouvernement belge lui avait demandé de diriger une commission chargée de repenser la politique de rapatriement ébranlée par le décès d’une demandeuse d’asile nigériane refoulée Semira Adamu. Cette mission l’avait fort marqué.