Encore un rebondissement dans la polémique qui a suivi le discours de Noël du Roi : la chef de cabinet néerlandophone d’Elio Di Rupo a quelque peu "lâché" le Premier ministre lors d’une interview donnée lundi sur les ondes flamandes de Radio 1. Qu’a-t-elle dit au juste ? Qu’Elio Di Rupo aurait sans doute mieux fait de supprimer la référence aux dangers du populisme et aux années 30 figurant dans le texte lu par Albert II. Ces propos royaux ont été très mal perçus en Flandre car ils ont été assimilés à une attaque maladroite contre la N-VA (qui pourtant n’a pas été nommée directement).

Rappel : en Belgique, les discours royaux sont soumis à une espèce de censure gouvernementale ou, à tout le moins, à une validation préalable par le pouvoir politique. Par voie de conséquence, le Premier ministre était au courant du contenu du message royal.

"Le message de Noël est une affaire entre le Premier et le Roi, a en effet souligné Yasmine Kherbache. Le Premier ministre reçoit ce texte à l’avance et peut y faire des remarques." Précision : la chef de cabinet dit ne pas avoir parlé personnellement de ce discours avec Elio Di Rupo. A priori, cela ressemble furieusement à une prise de distance de l’éminence grise d’Elio Di Rupo

A la question de savoir si le Premier ministre n’aurait pas mieux fait de faire disparaître le passage en question, Yasmine Kherbache a répondu que "vu la manière dont le discours est maintenant détourné, il aurait en effet sans doute été préférable de supprimer cette référence aux années 30".

En mission commandée, plutôt

Un chef de cabinet qui émet des critiques sur ce qu’aurait dû faire ou non son ministre, voilà qui est suffisamment rare pour être souligné. En cas de désaccord grave, en général, il y a une démission volontaire ou forcée à la clef. Bizarre donc D’ailleurs, contacté hier, le porte-parole d’Elio Di Rupo n’a pas souhaité commenter les propos librement tenus par la super-technicienne du cabinet.

Toutefois, il semble que la sortie de Yasmine Kherbache, qui est par ailleurs une politicienne SP.A de la région anversoise, soit plutôt une mission commandée pour tenter d’éteindre l’incendie médiatique en Flandre. Et par la même occasion de protéger le Premier ministre qui a été fortement critiqué au nord du pays suite au blanc-seing donné au fameux discours de Noël.

En effet, lors de la même interview, elle a rappelé les propos tenus le week-end dernier par l’ancien Premier ministre Wilfried Martens (Invité du samedi de LaLibre.be), et pour qui "le Roi et Di Rupo ont sous-estimé la mauvaise foi de certains Flamands". Elle ajoute : "I l est triste que nous devions faire de l’autocensure, si nous voulons faire référence au populisme. Ce qui est frappant c’est que le roi Baudouin avait fait plus ou moins le même discours en 1993 et que personne n’avait alors bronché. Cela en dit long sur les tensions politiques dans notre pays ", conclut la chef de cabinet d’Elio Di Rupo.