La Chambre a entamé mercredi en séance plénière le débat sur le projet de loi qui étend la loi de 2002 sur l'euthanasie aux mineurs, avant un vote prévu jeudi. Le débat a parfois été houleux et n'a pas évité les écueils politiques. Les détracteurs dénoncent, entre autres choses, un texte qu'ils estiment mal rédigé et source d'insécurité juridique. "Notre conclusion était et demeure: ce projet n'est pas prêt à être voté. Le texte doit être adapté et précisé", a souligné Sonja Becq (CD&V).

Les chrétiens-démocrates ont déploré l'attitude de la majorité de circonstance qui s'est constituée pour soutenir le texte et n'a pas voulu procéder à de nouvelles auditions en Commission de la Chambre ou demander l'avis du Conseil d'Etat. La N-VA a été la cible de leurs critiques.

"Manifestement, le PS n'est pas l'affreux Belge quand il s'agit de questions fondamentales comme la vie et la mort, le PS n'est pas l'affreux Belge pour voter contre un avis du Conseil d'Etat afin de donner un cadre juridique sûr à l'euthanasie", a lancé Mme Becq. L'affirmation a fait bondir la N-VA: "Jusqu'à présent, ce débat dépassait les petits jeux politiques. Je regrette vraiment que vous le détourniez vers des questions de partis politiques", a répliqué le chef de groupe N-VA, Jan Jambon.

Dans les rangs francophones, les échanges ont régulièrement tourné à l'aigre entre la cheffe de groupe cdH, Catherine Fonck, et les autres groupes. "Vous êtes en train de nous donner les leçons", s'est exclamée Karine Lalieux (PS).Euthanasie

A l'instar des chrétiens démocrates flamands, le cdH s'est demandé où résidait la nécessité d'un tel texte qui, selon Christian Brotcorne, "n'est pas réclamé à cor et à cri comme une nécessité par le corps médical".

Initiateur du texte avec les socialistes flamands et les libéraux, le PS a voulu rappeler le fondement de la loi en discussion: il ne s'agit pas de tuer une personne mais de la libérer de ses souffrances. De nombreuses auditions et séances de commission ont eu lieu au Sénat, a fait remarquer Karine Lalieux qui a dénoncé les manoeuvres de certains opposants du texte. Elle a cité la lettre d'une petite québecoise de 4 ans, généreusement diffusée par plusieurs médias mais dont le cas ne répondait en rien aux conditions du projet.

"Le droit d'aborder la vie et la mort ne peut être réservé aux adultes", a expliqué pour sa part Daniel Bacquelaine (MR), défenseur du projet.

Le chef de groupe a énuméré les conditions de la loi: situation médicale sans issue, souffrance insupportable, décès à brève échance, etc. "L'euthanasie reste interdite si ces conditions ne sont pas rencontrées". Comme d'autres, il a insisté sur la clarification que le texte apportait, souhaitable, d'après lui, à entendre les détracteurs évoquer des alternatives comme la sédation terminale, "des euthanasies qui disent pas leur nom". Même son de cloche chez Ecolo qui, s'il a déposé ses amendements, a exprimé sa satisfaction devant "l'adoption d'une législation" qui "va clarifier une situation", selon Juliette Boulet.

Traditionnellement, il n'y a pas de discipline de vote dans ce genre de débat. Au sein du MR, d'Ecolo et de la N-VA plusieurs députés voteront contre le texte ou s'abstiendront.