Mgr Julien Ries, qui sera fait cardinal le week-end prochain à Rome par Benoît XVI, a été ordonné évêque samedi au sanctuaire marial de Villers-Notre-Dame près de Ath par le nonce apostolique Mgr Giacinto Berloco entouré des évêques de Tournai et de Namur, NN SS Guy Harpigny et Rémy Vancottem. Un lieu mais aussi une date choisis à dessein : le petit sanctuaire marial du Pays d’Ath est proche de la Maison Damas de la famille spirituelle de l’Œuvre dont le nouvel évêque est proche et où il habite depuis une dizaine d’années, mais Julien Ries tenait aussi à être ordonné le jour de la fête de Notre-Dame de Lourdes sous la protection de laquelle il inscrit sa réflexion et son action.

Dans l’assemblée, les édiles athois, le bourgmestre Denis (PS) en tête, mais aussi une délégation de l’Université catholique de Louvain qui a récemment relancé le Centre Julien Ries (LLB du 30/1/2012). Une belle brochette de professeurs de philo et lettres, mais pas de théologiens car, selon l’expression évangélique, il y a beaucoup de chapelles dans la Maison du Père ! Enfin, il y avait là aussi le Pr Christian Cannuyer venu comme "régional de l’étape" - c’est un fier Athois ! - et en tant que président de la Société d’études orientales, dont Mgr Ries est le vice-président honoraire. Autour du nouvel évêque avaient pris place aussi des membres consacrés de "L’Oeuvre" qui défraya la chronique lors des débats parlementaires sur les organisations sectaires voici une quinzaine d’années. L’on peut déduire qu’en créant Julien Ries évêque et puis cardinal, le Vatican a tenu à montrer que ces accusations ne tenaient pas la route. Dans son homélie, le nonce apostolique l’a dit quasi explicitement en associant l’Œuvre à la joie de la Conférence épiscopale de Belgique et à celles des diocèses de Namur - Ries est originaire de Fouches près d’Arlon - et de Tournai - où il réside depuis dix ans de voir ce prêtre érudit mis à l’honneur par le pape.

Comme l’a rappelé Mgr Berloco, le futur cardinal avait répliqué "en apprenant, le 5 janvier, la nouvelle de sa désignation avec la sérénité et la joie qui le distinguent que "si c’est la volonté du Saint-Père, je l’accepte ; mais "ego non sum dignus" ! Je n’en suis pas digne ! Et en toute simplicité, il a répété cette phrase à plusieurs reprises". Pourtant, a souligné le nonce en interpellant le futur cardinal, "le Saint-Père a voulu donner une récompense publique et officielle pour votre longue activité de prêtre amoureux de son sacerdoce, d’homme de science ayant une grande profondeur et de larges horizons, d’écrivain fécond sur les thèmes de la foi, de l’histoire des religions et de l’anthropologie religieuse, de professeur éminent et aimé auprès de l’Université à Leuven d’abord et puis à Louvain-la-Neuve. Et puis encore, pour votre activité de prêtre avec une profonde spiritualité qui a inspiré et qui continue à inspirer de nombreux prêtres et de nombreuses personnes consacrées. "Dignum et iustum est" ! Il est juste et bon pour la gloire de Dieu et pour l’édification de l’Eglise que votre œuvre soit reconnue et que vous puissiez continuer à servir la communauté chrétienne avec une mission faisant autorité".

Comme nous l’a confié le Pr Cannuyer, "le pape a aussi voulu saluer tout l’intérêt de l’anthropologie religieuse dont Julien Ries a été le maître d’œuvre, mettant en avant la figure de l’ "homo religiosus", c’est-à-dire de l’homme comme "animal religieux", se révélant tel dès les débuts de l’hominisation et de la culture humaine". Cela n’empêcha pas la cérémonie solennelle d’être suivie d’une réception conviviale et chaleureuse au cours de laquelle Mgr Harpigny fit rire l’assemblée en précisant que Julien Ries serait "le premier cardinal de l’histoire de l’Eglise à parler le luxembourgeois !"