Analyse du discours royal
par Dorian de Meeûs

Depuis les attentats de Paris et le relèvement de la menace terroriste en Belgique, l’allocution royale était particulièrement attendue. Ce discours de Noël tranche avec les précédents par l’envoi de messages particulièrement concrets aux citoyens, mais aussi aux dirigeants politiques. Face au risque de déstabilisation de notre société, le roi Philippe n’hésite pas à se positionner sur des sujets aussi sensibles que l’intégration, la sécurité et le respect des courants religieux et philosophiques. Si le discours peut sembler à première vue consensuel, il en ressort néanmoins une conviction personnelle profonde face aux menaces qui planent sur notre vivre ensemble.

Une crise bien gérée par les autorités

Malgré les quelques couacs de communication des autorités politiques et autres ‘futilités’ qui ont alimenté le Belgium-bashing suite aux attentats de Paris, le Souverain couvre l’action du gouvernement tout en essayant de rassurer la population : « Nos autorités ont réagi avec calme, rapidité et détermination ». Le Roi rend également hommage à tous ceux et celles « qui se sont engagés et le restent plus que jamais pour assurer notre sécurité, poursuivre les coupables et prévenir de nouveaux attentats ».

Le chef de l’Etat insiste sur la nécessité de rester particulièrement vigilant suite aux récents évènements. Ses nombreux entretiens avec les autorités judiciaires, policières et militaires démontrent - à ses yeux - que l’Etat doit se donner les moyens de se défendre. Cet impératif passe par des investissements dans la justice, la police, l’armée et les services de renseignements.

Appel à ne pas se diviser et à la "tolérance zéro"

Afin d’éviter de tomber dans le piège tendu par les terroristes, le roi Philippe rappelle à tous les Belges - qu’ils soient issus ou non de l’immigration - l’importance de ne pas se laisser intimider et de ne pas se diviser. Il souligne ainsi que « la grande majorité des compatriotes d’origine étrangère ont saisi les chances qui leur étaient offertes et partagent les valeurs de notre pays ». Cette piqûre de rappel s’adresse à tous les citoyens, donc aussi aux jeunes issus de l’immigration qui ont le sentiment d’être exclus ou rejetés de notre société. Dans une volonté affichée de casser le réflexe d’opposition entre ‘eux’ et ‘nous’, le Roi insiste : « Ils sont les fils et filles de ce pays ».

Dans son discours, le roi Philippe affirme qu’il ne faut pas confondre ceux qui dévoient leur religion avec ceux qui la pratiquent dans le respect de nos valeurs . Ce qui implique que « les enfants soient éduqués au respect des diverses religions et convictions philosophiques qui ont – en commun – la volonté de donner sens à la vie, de respecter autrui et de s’ouvrir aux autres ». Le Roi espère que cette "tolérance zéro" par rapport aux discours de haine, de stigmatisation et ségrégation permette d’éviter les endoctrinements fanatiques.

Susciter l’espoir auprès des jeunes

Le Roi se dit confiant dans notre capacité à construire une société harmonieuse plutôt que de la détruire. Face à ce risque et de manière inédite, la moitié du discours s’adresse à une partie de la population qu’il souhaite responsabiliser: « Je voudrais m’adresser spécialement à vous, les jeunes, vous qui avez un désir profond de croire dans la vie, de croire en vous-même et de croire en l’autre. Cultivez cet idéal et investissez votre énergie et vos talents dans tout ce qui rassemble. (…) Ce sont les fanatiques qui refusent à l’autre le droit de penser et de vivre autrement. »

La volonté de parler directement aux jeunes n’est pas innocente. Dans les évènements tragiques qui ont secoué les consciences, tant les bourreaux que les victimes étaient des jeunes qui ont grandi parmi nous. Le Roi propose à chaque jeune de trouver un sens à sa vie en s’enracinant dans l’histoire et en tirant les enseignements des générations précédentes qui sont parvenues à entreprendre des projets qui donnaient une place aux autres.

Avant de conclure, le Roi encourage les jeunes à se prémunir contre le fanatisme en acceptant de dialoguer et de débattre sur les questions essentielles, telles que la connaissance de soi et la découverte de l’autre dans sa culture et ses convictions philosophiques et religieuses. « Je sais que nous sommes capables de surmonter les épreuves auxquelles nous sommes confrontés aujourd’hui. L’histoire a prouvé que notre modèle est plus fort que tous les fanatismes et tous les totalitarismes. Mais il nous faut continuer à construire ensemble cette société, plus humaine et plus juste. »


Sur la forme : Atmosphère chaleureuse, mais ton direct

Comme à son habitude, le Roi a lu son discours debout, mais cette fois-ci depuis son bureau du Château de Laeken. C’est une innovation souhaitée par le Souverain. L’atmosphère y est particulièrement chaleureuse, comme en témoigne le feu qui crépite dans la cheminée en arrière-plan. Sur le bureau du Roi, l’on aperçoit les quatre bougies de l'Avent allumées (symbole chrétien) et un ordinateur portable ouvert qui est une manière discrète pour le Palais de souligner que le souverain travaille aussi en dehors du Palais de Bruxelles.

Les observateurs soulignent parfois le manque d’assurance de l’homme, mais force est de constater qu’il n’y a aucune hésitation dans ce discours de 6 minutes. Le Roi se montre plus à l’aise qu’à l’accoutumée et parle d’une voix assurée sur un ton particulièrement déterminé. Gardant constamment les mains l’une sur l’autre, on notera que le roi Philippe insiste sur les passages qui lui tiennent particulièrement à cœur. Dans la même logique, alors que le discours débute sur un plan très large du bureau, le Palais a opté pour un cadrage en gros plan au moment où le Roi s’adresse directement aux jeunes du pays.

Enfin, le discours de Noël n’est plus entrecoupé d’illustrations d’événements qui ont marqué l’année écoulée. Il a été décidé de mettre ces images – où l’on voit notamment le couple royal entouré de citoyens et le chef de l’Etat sur le terrain en compagnie de policiers et militaires – en toute fin de discours.