Belgique

De Bruxelles aux confins de la Turquie, c’est une course contre la montre qui se poursuit.

Mi-février, un père se retrouve abandonné à Molenbeek. Son épouse et ses deux enfants de 5 et 3 ans sont partis vers la Turquie pour espérer rejoindre ensuite les combattants de l’organisation État islamique en Syrie. Personne, nous explique-t-on, n’aurait pu prévoir cette radicalisation "très rapide".

Cette histoire est une histoire parmi d’autres à Molenbeek ; huit familles dites "en crise" sont pour l’instant prises en charge par la commune, mais d’autres subissent, dans la discrétion, la radicalisation de l’un des leurs.

Des moyens inédits

Pour aider ce père, mais aussi pour mieux comprendre ce phénomène de la radicalisation, l’échevin CDH Ahmed El Khannouss s’est rendu à Istanbul et aux "portes de l’enfer", sur la frontière turco-syrienne.

L’entreprise n’est pas facile. Ce lundi, de retour après 48 heures de recherches sur place, Ahmed El Khannouss préfère rester extrêmement discret. Le contact n’a pas encore été possible avec la mère et ses enfants, mais des pistes sont en cours d’exploitation.

L’échevin, de surcroît, avoue avoir bénéficié de son statut d’élu et, dès lors, de moyens "inédits". "Dès les premiers contacts avec l’ambassade, la collaboration a été très bonne. Cela m’a étonné positivement, tant certains politiciens européens mettent en doute l’honnêteté et la transparence des autorités turques en la matière. Avec les médias également, tout s’est très bien passé. Plusieurs chaînes télévisées et journaux écrits ont publié les avis de recherche. De plus, l’expertise de la police sur place est impressionnante. Je plaide d’ailleurs pour que la collaboration puisse être facilitée entre notre police et la leur."

Au-delà de l’enquête qui suit son cours, Ahmed El Khanouss revient "très impressionné" de ce qu’il a vu. "Les dessins des enfants réfugiés, qui représentaient les bêtes immondes que sont les armées de Daesh mais aussi de Bachar El Assad, étaient plus éloquents que n’importe quel article. Je reviens d’autant plus conscient du travail à accomplir."

La prévention se précise à Molenbeek

À Molenbeek, pour lutter contre la radicalisation, le travail continue. "C’est vrai que l’on a été dépassé par l’ampleur inédite de ce phénomène explique encore Ahmed El Khanouss . Mais nous sommes aujourd’hui plus outillés pour affronter ce qui relève du phénomène sectaire."

"La parole s’est libérée, il y a sans doute moins de naïveté. Tout le monde se sent désormais concerné, et est prêt à collaborer. C’est assez nouveau", explique de son côté Sarah Turine, échevine Ecolo. Les témoignages, au sein de la majorité communale, font toujours preuve d’une grande prudence, le travail est quotidien, mais on sent une satisfaction de voir qu’une dynamique "lucide et responsable" s’est mise en place.

Un meilleur suivi pour les familles, des formations pour les acteurs de terrain, une équipe toujours plus étoffée autour d’un agent de lutte contre la radicalisation qui coordonne le tout, permettent d’avoir un meilleur regard et ressenti de ce qui se passe, explique-t-on à la commune.

"Outre une meilleure coordination entre les niveaux de pouvoir, un point important est que l’OCAM (Organe de coordination pour l’analyse de la menace, NDR) puisse revoir et maintenir à la baisse son niveau d’alerte, confient encore les deux échevins. Ce travail de prévention ne peut s’accomplir pleinement que dans une sérénité que la présence policière ou militaire en rue n’a pas toujours permise."