Le tribunal correctionnel de Nivelles a estimé, lundi, que Farid Bamouhammad avait bien fait l’objet, en décembre 2007, à la prison d’Ittre, de traitements dégradants dont sont responsables deux membres de la direction et un chef des gardiens. Le détenu est lui-même reconnu coupable d’injures et de menaces envers le personnel pénitentiaire. Vu le dépassement du délai raisonnable dans ce dossier, tous les prévenus sont sanctionnés d’une simple déclaration de culpabilité.

Mais Farid Bamouhammad recevra 11 000 euros de dédommagement (1 000 euros par jour de détention au cachot). Les agents insultés, eux, reçoivent un euro symbolique. Entravé durant onze jours dans une cellule nue de la prison d’Ittre, en décembre 2007, Farid Bamouhammad, baptisé Farid le Fou dans le milieu carcéral, avait déposé plainte contre plusieurs membres de la direction et plusieurs gardiens, pour traitements inhumains et dégradants.

Benjamin d’une famille de sept enfants, le jeune Farid, dont la mère était souvent absente et le père violent, a été placé à l’âge de 8 ans. Une situation qu’il vit comme une injustice. Il fait fugue après fugue des homes et des foyers pour jeunes et bascule dans la délinquance. Plusieurs fois condamné, l’homme est détenu quasiment sans interruption depuis 30 ans. Réputé difficile à gérer, il a été changé de prison à plusieurs dizaines de reprises et soumis à des régimes souvent très sévères.


"Avilissement grave"

Dans le jugement rendu lundi, qui est longuement motivé, le tribunal écarte la prévention de traitements inhumains mais retient les traitements dégradants, qui sont une humiliation ou un avilissement grave. Le tribunal relève que le comportement de Farid Bamouhammad à la prison d’Ittre n’était pas d’une dangerosité telle qu’il ait fallu lui poser des entraves (menottes aux poignets et aux chevilles) alors qu’il était placé en cellule nue.

Le directeur de l’époque, une codirectrice et un chef des gardiens sont estimés responsables. Les autres membres du personnel sont acquittés. Vu l’ancienneté des faits, une simple déclaration de culpabilité a été prononcée à l’encontre des trois prévenus.


Les syndicats interpellent la ministre

L’ACOD (la CGSP flamande) a réagi à l’annonce de la décision du tribunal correctionnel de Nivelles. "On attend maintenant un signal clair d’Annemie Turtelboom, la ministre (NdlR : Open VLD) de la Justice", a déclaré Gino Hoppe, en réaction au dédommagement de 11 000 euros accordé à Farid Bamouhammad. "Elle doit aller à l’encontre de la décision du tribunal pour défendre sa politique."

Luc Neirynck, de l’ACV-Services publics (la CSC flamande), estime que cette décision est insensée. "Ce n’est pas facile de collaborer avec cet homme", a renchéri Gino Hoppe. "Ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme Farid le Fou."

Le syndicaliste pense qu’il est grand temps que la ministre défende le personnel des prisons et sa politique. "Si elle ne le fait pas, nous aurons un gros problème."

Pour Luc Neirynck, la société ne peut pas être satisfaite du dédommagement accordé à Farid Bamouhammad. "C’est le monde à l’envers", estime le syndicaliste. "On peut peut-être donner à Farid Bamouhammad une peine de travail auprès du juge qui a pris cette décision. Il comprendra alors rapidement à qui il a affaire."

Luc Neirynck n’attend pas de geste politique. "Ils diront que le pouvoir judiciaire est indépendant et ce sera réglé. La société doit se demander ce qu’il faut faire avec ce genre de personnes."

La CSC et la CGSP francophones n’ont pas encore pris connaissance de la décision de justice et réagiront ultérieurement. (Belga)