L’attaque est virulente. La cheffe du groupe CDH à la Chambre Catherine Fonck, qui s’exprime au nom de son parti, n’en démord pas. Elle ne digère pas la proposition de loi déposée au Sénat par Willy Demeyer, aussi bourgmestre de Liège, visant à légaliser les salles de consommation de drogue à moindre risque (LLB du 3/12). Des lieux que Mme Fonck qualifie de "salles de shoot"

Que reprochez-vous à la proposition ?

Je voudrais d’abord dire qu’elle n’a rien à voir avec une autre proposition déposée en même temps par M. Demeyer et qui consiste à relancer le projet Tadam à Liège. Celui-là est thérapeutique et vise à administrer des médicaments (une sorte d’héroïne médicale) de manière strictement encadrée, avec des prescriptions médicales, afin de sortir les toxicomanes de leur dépendance. Dans le cadre des salles de shoot, les gens viennent avec leur propre drogue obtenue auprès de trafiquants… Evitons la confusion entre les deux propositions. Légaliser les salles de shoot serait une grave erreur en termes de santé publique. On mettrait le pied à l’étrier d’une légalisation des drogues.

Il n’est pourtant pas question de cela…

Les drogues dures seraient illégales en rue, mais légales une fois qu’on entre dans une salle de shoot… Le PS envoie le signal que l’héroïne et la cocaïne ne représentent pas un problème si grave… Mon projet de société n’est pas celui-là.

L’objectif de Willy Demeyer est avant tout de limiter les risques pour les toxicomanes profonds en les faisant entrer dans un environnement médicalisé.

C’est vrai que cela diminuerait les risques. Faut-il développer des politiques qui limitent les risques ? Oui. Evidemment. Et ça existe déjà avec des équipes médicalisées qui vont à la rencontre des drogués sur le terrain. Ce qu’il faut, c’est renforcer ces équipes.

Visiblement, l’expérience à l’étranger des salles de consommations à moindre risque est plutôt concluante.

Pas en ce qui concerne la diminution de la consommation.

M. Demeyer veut aussi sortir les toxicomanes de la rue.

Comme si ces salles de shoot allaient vider les rues des drogués…

Il n’a dit pas cela.

On risque d’amener ces gens vers des quartiers dans lesquels il n’y avait pas de problème. Cela pose des questions de sécurité. On peut facilement imaginer que les trafiquants rôderont autour des salles de shoot pour faire leur business.

Que proposez-vous à la place ?

Un : renforcer la prévention. Deux : intensifier l’encadrement médicalisé et social des toxicomanes pour les sortir de leur dépendance. Et trois : lutter plus efficacement contre les trafiquants de drogue.