Alternance

Quelques jours à peine après l’accord intervenu au sein du gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles sur sa réforme du paysage de l’enseignement supérieur, le ministre Marcourt (PS) se targuait mardi d’avoir obtenu un autre feu vert de la part du CDH et d’Ecolo, cette fois sur la réforme de la formation initiale des enseignants. Que les deux dossiers aillent de pair n’est pas une coïncidence. Ici aussi, le CDH exigeait de M. Marcourt qu’il revoie sa copie. C’est aujourd’hui chose faite, essentiellement sur un point, l’allongement de la formation initiale.

Alors que le premier texte prévoyait de faire passer la formation de tous les enseignants à cinq ans, la nouvelle mouture de la note d’orientation (on est encore très loin d’un éventuel décret) évoque trois "formules pouvant être envisagées" : 1°porter la formation initiale à cinq ans (formule Marcourt); 2°intégrer dans l’organisation de la formation initiale les pratiques d’accompagnement (tutorat) des futurs et des jeunes enseignants par des enseignants expérimentés (trois ans, formule Lutgen); 3°maintenir une formation initiale en trois ans, complétée par un master en alternance ou un master par valorisation de crédits tout au long de la vie (trois ans + deux ans, formule mixte).

Le cadre est donc désormais plus ouvert. Au CDH, on ne voulait en effet pas s’enfermer dans un seul modèle. Car s’il y a consensus sur la nécessité de revoir la formation initiale des enseignants, au regard de l’évolution de la société et des nouveaux besoins (détection des difficultés d’apprentissage, remédiation, ), le monde de l’enseignement n’est pas unanime sur la manière de le faire. La consultation que va désormais mener le ministre de l’Enseignement supérieur, avec les différents acteurs concernés (syndicats, pouvoirs organisateurs, universités, Ecoles normales, ) sera donc plus large, et permettra peut-être, souligne le CDH, d’entendre des idées nouvelles et intéressantes.

Le scénario 3 + 2, avec les deux dernières années en alternance (l’enseignant travaillerait déjà), réduirait le coût de la formation pour les familles. Il éviterait en outre d’aggraver la pénurie actuelle de profs, puisqu’elle ne couperait pas le flux de nouveaux instits pendant deux ans.

Par contre, il ne solutionnerait aucunement l’autre grand obstacle à la réforme, à savoir son coût, principalement engendré par la revalorisation barémique des futurs instituteurs et régents, qui toucheraient le même salaire que les profs du secondaire supérieur. Cette ardoise, évaluée à près de 500 millions par an, serait toujours bien là. A moins de laisser au futur enseignant le choix de suivre le master complémentaire (avec valorisation à la clé) ou d’en rester à une formation en trois ans et de renoncer à l’augmentation barémique, ce qui pourrait faire baisser l’addition.

Quoi qu’il en soit, et même si l’on peut escompter un retour sur investissement sous forme d’une réduction du coût de l’échec scolaire grâce à des enseignants mieux formés, le coût de la réforme restera énorme. M. Marcourt, volontariste, veut croire que le jeu en vaut la chandelle. D’autres, plus dubitatifs, se demandent où l’on ira chercher cet argent. Et si jamais on le trouvait malgré tout, si c’est bien dans l’allongement de la formation qu’il faut l’investir. En tout état de cause, on peut douter que le dossier aboutira sous cette législature.