Vous avez beaucoup voyagé, enseigné, écrit. Vous avez présidé la Ligue des droits de l’homme. Toutes ces expériences vous ont-elles servie dans votre métier de juge ?

J’en suis convaincue. Quand on juge une affaire liée aux droits de l’homme, il y a, cela va de soi, une dimension juridique mais à côté de cela, les affaires qui nous sont soumises présentent des aspects politiques, sociaux, moraux qu’on ne résoud pas seulement avec la règle de droit. Les questions liées à l’accouchement sous X, aux discours haineux, à l’accès au diagnostic préimplantatoire, à la torture, et j’en passe, exigent que l’on réunisse de nombreux outils pour aider à l’interprétation de la Convention. De ce point de vue, mon passé m’a servie.

Vous avez participé à diverses commissions d’enquête parlementaire (terrorisme, grand banditisme, traite des êtres humains, Dutroux, etc.) en tant qu’expert. Comment jugez-vous le travail des parlementaires ? Autrement dit, les politiques écoutent-ils assez les experts, les juristes notamment ?

Les exigences des uns et des autres ne sont pas les mêmes ; le temps du politique n’est pas celui des chercheurs. J’aimerais pourtant qu’il y ait davantage d’interactions entre les deux "mondes" et que chaque partie accepte de se remettre en question.

J’en appelle plus largement à la création d’un Conseil national des droits de l’homme, dont l’objet serait de contrôler que toute loi est conforme à la Convention, ce qui éviterait bien des condamnations de la Belgique à Strasbourg. Tous les pays disposent d’un tel organe, la Belgique pas. Je ne comprends pas pourquoi.

Le 14 octobre, la N-VA a remporté une grande victoire électorale. Un peu partout en Europe on voit grandir les partis nationalistes. En tant que citoyenne et juriste, comment jugez-vous ce phénomène ?

Il faut être vigilant. Je n’ai pas lu le programme de la N-VA dans tous ses détails mais il est clair que les nationalismes posent des questions. En Flandre, la Liga (l’équivalent de la Ligue des droits de l’homme) devrait pouvoir éplucher son programme, comme celui de tous les partis d’ailleurs, et relever les risques éventuels pour la démocratie et les droits fondamentaux.

Vous remettez les mains dans le cambouis belge puisque vous avez accepté la présidence de la Fondation Roi Baudouin.

Quand on m’a proposé cette fonction, fin 2011, j’ai été quelque peu étonnée car la Fondation, ce n’est pas tout à fait mon monde. J’ai accepté parce que la Fondation est une institution indépendante, pluraliste, multidimensionnelle qui développe des plans d’action intéressants.

J’ai été surtout sensibilisée par le programme "pauvreté et justice sociale". Le programme "patrimoine" m’attire aussi car les droits culturels sont très importants.

N’oublions pas non plus le versant "démocratie", qui se développe de plus en plus, à l’attention notamment des enfants, et auquel je suis particulièrement attachée. Ni la dimension "santé", que mon prédécesseur, Peter Piot, a également mise en valeur.

La Fondation dispose d’un budget important. Notre responsabilité est d’utiliser ces fonds, qui viennent de la loterie, de legs, de dons divers, de la meilleure façon.

J’aimerais aussi que l’on s’intéresse davantage à des projets qui concerneraient Bruxelles, capitale de l’Europe.

N’oublions que notre Fondation a une dimension européenne et même internationale puisqu’il existe une Fondation Roi Baudouin aux Etats-Unis.

Enfin, il y aura sans doute de quoi améliorer encore la gouvernance même si la Fondation me paraît être une institution particulièrement bien gérée.