Evidemment, on est encore loin du compte. Disons que, désormais, on n'est plus nulle part !

Voilà 27 années que cohabitent, vaille que vaille, côté francophone, Région wallonne et Communauté française. Une usine à gaz institutionnelle inventée pour des raisons de basse politique avant tout destinée à garantir au parti socialiste une confortable domination sur la Wallonie.

On connaît le résultat de ce quart de siècle d'existence : des institutions illisibles pour le commun des mortels (la Cocof est le type même d'organisme qui plonge le citoyen normal dans un abîme de perplexité), une absence totale d'adhésion populaire à ce que De Gaulle eût appelé des "machins" (Mitterrand croyait d'ailleurs que la Communauté française de Belgique était le club des Français résidant dans notre beau pays), un nombre considérable de ministres, des administrations pléthoriques et un maquis de compétences dans lequel chacun se perd à loisir. Bref, une de ces inventions aussi typiquement belge que le chocolat, la gueuze ou le waterzoï. Un brol inimitable à l'étranger !

Ajoutez à tout cela des marges financières communautaires nulles et vous comprendrez pourquoi, côté francophone, il n'y a pas de quoi pavoiser.

Pendant ce temps, la Flandre, qui a réuni au sein d'une seule institution Communauté et Région, est allée de l'avant. En 1999 d'abord, en 2003 ensuite, elle a mis en place sa machine de guerre, se prononçant ouvertement pour un régime confédéral qui nie l'existence de la région bruxelloise et qui vide l'Etat fédéral de sa substance.

Le dernier quart de siècle a montré combien le choix francophone était une erreur stratégique. 25 ans de bricolages divers - compétences transférées de la Communauté vers la Région, ministres à double casquette, etc. - montrent à suffisance l'inefficacité congénitale de cette architecture politique.

A la suite d'une de ces circonstances qui font la joie de la politique belge, il se trouve, aujourd'hui, que l'accord des Flamands est nécessaire pour faciliter la fusion des institutions francophones. Le CDH et le MR ont bien fait de mettre ce point sur la table du négociateur Leterme, quitte à ce que cela le fasse sourire : après tout, il n'en a pas eu beaucoup l'occasion jusqu'ici.

Ne nous réjouissons pas trop vite : la réalisation de ce projet prendra sans doute encore de longues années. On voit mal le Parti socialiste souscrire à cette réforme. Mais l'objectif est, pour une fois, clairement posé. C'est déjà ça !

© La Libre Belgique 2007