Ce samedi sonne la journée internationale des Roms. Une communauté encore trop stigmatisée. Rencontre.

Vendredi, dans les locaux de l’ASBL Le Foyer, à Molenbeek, peu de tables sont disponibles. Des vêtements et des instruments de musique, préparatifs nécessaires à la journée internationale des Roms, sont disposés dans les pièces de l’association qui vise à améliorer l’intégration de la communauté, trop souvent stigmatisée.


L’éducation est la clef du succès

Gabriel Mihai y est médiateur. En sept ans, il a déjà pu aider des dizaines de jeunes Roms, de 2 ans et demi à 18 ans. "Nous leur donnons des informations sur les écoles dans lesquelles ils pourraient se rendre. Nous pouvons les y inscrire mais aussi assurer un suivi. S’ils manquent trop de cours, l’école envoie ou appelle Le Foyer pour nous le signaler. L’intégration passe avant tout par l’éducation. C’est la clef du succès", nous explique le père de 37 ans, arrivé de Roumanie à l’âge de 22 ans. "Depuis deux ans, nous avons également un projet d’insertion professionnelle. Nous aidons des personnes de 18 à 65 ans à trouver un job, à rédiger un CV."

Depuis qu’il est devenu médiateur en 2010, Gabriel a pu constater un déclic. "Avant, nous devions aller sur le terrain pour parler aux jeunes Roms de notre projet. Désormais, ils viennent à nous. C’est une bonne chose", explique-t-il en souriant.

Briser les clichés

Une chose chiffonne toutefois Gabriel. Les Roms sont toujours autant stigmatisés, trop facilement assimilés à des personnes nomades vivant dans des caravanes, sans éducation, à l’hygiène déplorable et proches de réseaux criminels. "Seule une infime partie des 11 000 Roms de Bruxelles est nomade", détaille le médiateur. Pourtant, dans les médias, on ne parle que de cette partie visible de la communauté. On ne parle jamais des Roms sédentarisés et intégrés. Les enfants d’autres communautés se traitent entre eux de ‘sales gitans’ à l’école. C’est même devenu une insulte", déplore le médiateur, Rom lui aussi.

Pour Gabriel, les clichés qui entourent les Roms sont créés par les médias et les politiques. "Les gens du voyage ont le droit de rester deux ou trois semaines sur un terrain prêté par une commune puis ils doivent s’en aller. Sur la parcelle, il n’y a pas d’accès à l’eau ou à l’électricité. Il n’y a pas de ramassage des déchets, ce qui nuit à leur hygiène. De plus , scolariser les enfants est un véritable défi. Cela coûte mais en plus, s’ils doivent bouger toutes les deux semaines. L’enfant, lui, ne peut pas changer d’école tout le temps."

Ce samedi dès 14h et jusque 18 h, Le Foyer, en collaboration avec la Maison culturelle belgo-roumaine, lance une action de sensibilisation sur la place de la Bourse, à Bruxelles. Les passants et curieux pourront en apprendre davantage sur la communauté rom. Gabriel se chargera sûrement de réduire à néant les clichés bien trop persistants associés à sa communauté. Une vidéo a également été créée par l’équipe à cet effet.


3 questions à Véronique Bergen

Auteur du livre "Djelem, Djelem : les Roms entre stigmatisation et résistance".

1. Quels sont les responsables de la stigmatisation de la communauté rom ?

La communauté rom, en dépit de sa diversité, a souvent subi des phénomènes de rejet. Dans l’imaginaire, les Roms restent des nomades. La stigmatisation actuelle a eu quelques coups d’envoi qui venaient de politiques. Il y a eu le discours de Sarkozy qui a été d’une extrême violence, en 2010. Il y a aussi les médias qui montrent un imaginaire collectif où les Roms sont systématiquement accolés à des valeurs négatives. Les Roms ont été assimilés à la figure de l’autre, à la figure de celui qui fait peur. Les images du Rom sont celles du dernier nomade, du dernier Robin des Bois libre de la société. Un autre cliché récurrent celui du voleur de poules, qui refuse de s’intégrer. On dit des Roms qu’ils sont sales, que leurs enfants ne vont pas à l’école, que les bidonvilles sont remplis de détritus. Pour beaucoup, c’est une caractéristique presque inhérente à leur culture alors que c’est le résultat et la conséquence d’une politique qui refuse à ces campements itinérants, l’accès à l’eau, le ramassage des déchets. Dans notre société néo-libérale, tout ce qui échappe au contrôle est mis à mort.

2. En Belgique, les Roms ont le droit de travailler sans être régularisés depuis 2014. Mais dans les faits, l’intégration est toujours aussi difficile.

Dans les faits, effectivement. Alors que la communauté rom veut toujours assurer le droit des minorités, alors qu’il y a des directives pour assurer leur régularisation, on leur refuse toujours des droits élémentaires comme par exemple le droit à la circulation, le droit au logement ou encore, le droit à la scolarisation.

3. Le rapport à la mendicité serait-il un moyen pour eux de faire un pied de nez à l’économie ?

Oui, mais il y a différentes perceptions possibles de leur mendicité. Ils y sont parfois acculés. De nouveau, on leur reproche ce qu’on leur impose. Si effectivement, le permis de séjour ne leur est pas octroyé, qu’ils ne sont pas régularisés, on les embauche très peu. De plus, les femmes ont très peu de qualifications. On voit mal par quel biais ils pourraient survivre. La mendicité, c’est aussi un détournement des codes de notre économie. Il y a un antagonisme entre l’Etat, qui veut des personnes sédentaires qui habitent sur un territoire et puis il y a les nomades. Les Roms dont les politiques et les médias parlent généralement sont les Roms nomades. Il s’agit d’une toute petite partie de cette communauté qui est majoritairement sédentaire. On parle des plus pauvres, des plus précaires. Quand les politiques stigmatisent les Roms, cela ne représente donc qu’une fraction de cette immense mosaïque.