Belgique

Pour la semaine de Toussaint, "La Libre" a réalisé une enquête en 5 volets sur l’évolution récente des rites et pratiques funéraires. Cinquième et dernière partie: la mort en mots.

Prêtre, professeur émérite (depuis 2008) de journalisme à l’UCL, Gabriel Ringlet s’intéresse de près à la mort, aux gestes qui l’entourent, aux rituels qui l’accompagnent. "Face à la mort" , dit-il, "je suis pour le plus grand réalisme qui soit, notamment avec les enfants : pas de bla-bla, pas de petits nuages bleus… Le travail en profondeur se fera d’autant mieux qu’on aura été concret dans l’approche."

En vingt ans, qu’est-ce qui a changé autour de la mort ?

C’est d’abord quelque chose de très simple : l’église n’est plus au milieu du village. Jusqu’il y a une vingtaine d’années, tout se passait souvent "familialement" : l’exposition du défunt, la liturgie et le cimetière. Il y avait concentration, autour de l’église, des différents gestes liés aux funérailles. Aujourd’hui, le passage par un centre funéraire est devenu la norme. Le funérarium a lui-même beaucoup évolué dans une société qui se veut rapide, pratique, où la mort ne doit quand même pas trop nous ralentir !

Les funérariums s’occupent de tout ?

Oui, ils offrent un service complet : l’exposition du défunt; l’organisation de la cérémonie, avec arrière-fond juif, musulman, catholique, protestant; l’incinération, voire même la dispersion des cendres sur place… On peut y amener un célébrant, ce qui pose énormément de questions à la hiérarchie de l’Eglise, qui est déchirée. On ne veut pas dire non aux familles qui demandent au curé s’il veut bien les rejoindre au centre funéraire, mais… cela signifie qu’on déserte les églises, lieu traditionnel des funérailles. Dans certains centres funéraires, on peut même avoir recours à des comédiens !

D’où vient cette évolution que vous qualifiez de spectaculaire ?

Cela vient des Etats-Unis et du Canada. Au Québec, les services commémoratifs font ce que je viens de décrire à la puissance dix. On choisit le type de salon, de mausolée, d’urne et ainsi de suite à la carte… C’est très impressionnant : quand on entre dans un centre funéraire, c’est comme si on pénétrait dans le hall d’un formidable cinq étoiles. On peut le prendre dans les deux sens : le meilleur et le pire. Mais ce qui est certain, c’est qu’on ne se trouve pas du tout dans une atmosphère funèbre. On sent vraiment une ambiance d’hôtel.

Dans le même temps, vous pointez une autre évolution remarquable : la personnalisation des funérailles.

Je ne sais pas s’il faut parler de paradoxe, mais si la mort est plus standardisée au départ du centre funéraire, qui organise tout, dans le même temps, on n’est jamais allé aussi loin dans la personnalisation des funérailles. Je l’ai vécu des dizaines de fois, notamment pour des jeunes. Je dois parfois intégrer des objets, comme un ballon de football, dans la célébration religieuse, avec messe, qui devient quelque chose de beaucoup plus qu’une cérémonie avec quelques personnes prenant la parole pour un témoignage. Cela devient une véritable construction d’un scénario. Cette personnalisation va tellement loin qu’on voit apparaître à l’intérieur du monde des pompes funèbres, en France notamment, de véritables agences…


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