Belgique

L e système éducatif belge ne tend pas vers la gratuité», lance Emily Hoyos, directrice du service d'études de la Ligue des Familles, en préambule à la présentation de l'étude consacrée au coût scolaire à charge des familles(*). «L'école coûte trop cher, ce coût augmente au fur et à mesure de la scolarité de l'élève, et les familles en sont les premières victimes.» Même si des initiatives positives sont relevées (lire le témoignage de l'économe, deux pages plus loin), le constat est sans appel.

Pendant l'année scolaire 2004-2005, la Ligue des Familles a invité ses membres à consigner toutes les dépenses opérées dans le cadre de la scolarité de leur(s) enfant(s). Une définition préalable de ces dépenses est arrêtée. Par «coût scolaire», la Ligue entend tout ce qui est déboursé pour les supports pédagogiques (journal de classe, manuels, matériel et fournitures, photocopies et documentation), pour les activités et projets particuliers, et pour les frais administratifs (inscription, assurance, homologation, frais de fonctionnement,...). A l'exclusion, donc, de tout le reste comme les frais de repas et de garderie.

L'objectif est de réaliser la photographie la plus objective possible, même si les répondants (les réponses spontanées concernent 526 enfants, après appel lancé dans le journal de la Ligue) ne sont pas représentatifs de toute la population. L'on peut cependant estimer que, «si la même enquête avait été réalisée sur l'ensemble de la population, les résultats seraient encore plus dramatiques». C'est la ministre de l'Enseignement obligatoire, Marie Arena (PS), elle-même, qui en convient. Le rapport fournit sept grands enseignements.

1 Les dépenses n'épargnent aucune période de l'année. On parle souvent du coût de la rentrée, mais celle-ci ne représente qu'un quart des dépenses totales dans le maternel, et un tiers dans le primaire et le secondaire. Réduire le coût scolaire ne peut donc, en aucun cas, se résumer à diminuer la liste du matériel demandé en septembre. En moyenne, une année scolaire coûte 146€ chez les petits, 314€ en primaires et 574€ chez les grands.

2 La facture augmente au fil de la scolarité. Dans le réseau libre, on passe par exemple de 161€ pour le maternel, à 300€ pour le primaire, puis 495€ pour le secondaire. Une tendance qui s'observe aussi dans le communal et le réseau de la Communauté française.

3 Elle est plus élevée dans les grandes villes qu'en milieu rural. La localisation de l'école peut donc expliquer une différence de coût entre établissements. Elle varie, par exemple, de 93€ à 164€ par an entre le maternel rural et le maternel citadin. C'est en secondaire que le problème est le plus criant. Il participe, même, du phénomène de «ghettoïsation». Les familles rurales voient, en effet, se réduire considérablement l'offre scolaire dans leur région. Elles sont donc tenues d'envoyer leur(s) enfant(s) plus loin, à la ville, où des factures considérablement plus élevées leur ferment les portes de certains établissements.

4 Il n'y a, en revanche, aucune différence significative entre les réseaux. C'est une notion peu présente dans l'enquête.

5 L'importance de la facture varie aussi selon le type de frais. On constate ainsi que ce sont les frais d'activités qui pèsent le plus lourd dans le maternel (60 pc du coût annuel) et dans le primaire (61 pc). Tandis que dans le secondaire, les frais de supports pédagogiques représentent la plus grande partie des dépenses annuelles (45 pc). Autrement dit, si le poste «Activités» a tendance à diminuer au fil de la scolarité, les supports pédagogiques, eux, effectuent le mouvement inverse.

6 Et l'importance de chaque catégorie de frais change d'un moment à l'autre de l'année scolaire. Les frais administratifs sont relativement constants. Ceux engagés pour payer les supports pédagogiques, par contre, sont beaucoup plus importants à la rentrée des classes puis décroissent. Au contraire des activités qui, elles, ont tendance à peser de plus en plus lourd dans les portefeuilles, en avançant dans l'année.

7 La dépense la plus fréquente, tous niveaux confondus, concerne le matériel scolaire. Dans le maternel, les activités occupent la deuxième place. C'est le cas du sport en primaire, et des manuels scolaires dans le secondaire.

8 Une grande part des dépenses ressenties comme obligatoires par les parents sont non autorisées ! Cela peut signifier plusieurs choses. Soit les écoles ne connaissent ou n'appliquent pas les règles en la matière (qui leur interdisent d'obliger les parents à s'acquitter de certains frais: lire les précisions en haut de la page). Soit la perception des parents est mauvaise et rien ne les obligeait à payer, alors qu'ils ne pensaient pourtant pas avoir le choix. Le minimum à dénoncer, donc, consiste en un déficit d'information. Car les chiffres accusent: en maternel, en primaire et en secondaire, respectivement 32 pc, 39 pc et 52 pc du budget annuel sont des dépenses perçues par les parents comme obligatoires et pourtant non autorisées!

(*)«Le coût scolaire à charge des familles»,

entièrement téléchargeable sur le site:

www.liguedesfamilles.be.

© La Libre Belgique 2006