Belgique Entretien

Le tout nouveau vice-Premier ministre VLD et ministre du Budget ne s’attendait pas à être bombardé à ce poste-là jusqu’à ce qu’un soir, le président ad interim du VLD, Guy Verhofstadt, lui annonce : "Tu vas être vice-Premier ministre fédéral et ministre du Budget." Pas le temps de dire "oui", Verhofstadt avait raccroché.

Les chiffres, c’est un domaine qui lui est familier. Il était, depuis 10 ans, ministre du Budget à la Région bruxelloise. Mais ici, les ordres de grandeur sont différents. Guy Vanhengel vient à peine de prendre possession de ses nouveaux bureaux, rue de la Loi. Il ne prendra qu’une semaine de vacances, du 16 au 23 août, en Jamaïque, une destination qu’il avait remarquée lors des négociations pour la constitution à Bruxelles, côté flamand d’une coalition dite "Jamaïcaine" (démocrates chrétiens, libéraux et écologistes). Ses conseillers lui ont déconseillé de prendre ses dossiers budgétaires en Jamaïque "sinon, lui ont-ils dit, tu n’auras pas envie de revenir". C’est que la situation est assez dramatique.

Qui est le ministre du Budget ?

Il y a un secrétaire d’Etat au Budget, Melchior Wathelet. Mais la compétence ministérielle du budget était chez le Premier ministre. Et c’est le Premier ministre qui m’a transféré cette compétence budgétaire. Les protocoles de répartition des tâches restent les mêmes. Nous sommes nombreux à nous occuper du budget ou en tous les cas, à nous en préoccuper. C’est le cas aussi de Herman Van Rompuy. L’expertise budgétaire présente au gouvernement sera très utile parce que l’effort est énorme.

Quels sont les derniers chiffres ?

On parle d’un déficit de plus de 20 milliards d’euros pour 2009, soit 6 à 7 % du Produit Intérieur brut.

Soit un retour en arrière de 20 ans...

Oui. On se retrouve au milieu des années 80, mais dans un contexte plus difficile parce que des transferts importants ont été opérés vers d’autres entités. De plus, le temps qui nous est imparti pour résoudre ce problème est limité : les problèmes liés au baby-boom et au vieillissement de la population sont là.

Pourtant, le gouvernement, Herman Van Rompuy en tête, affirme qu'il faut en revenir à l'équilibre en 2015...

Oui le plus vite possible, mais l’équilibre en 2015, ce sera très, très, très, très, très, très difficile.

Comment en est-on arrivé là ?

Des déficits structurels sont apparus à longueur d’années et la crise, conjoncturelle, a aggravé la situation.

Déficits structurels ? Pendant les 8 années des gouvernements Verhofstadt, on a affirmé qu'il y avait équilibre budgétaire...

C’était l’équilibre, mais toujours atteint difficilement et souvent par des mesures non-récurrentes. Il fallait poursuivre les efforts mais à cause de la crise politique 2007-2008, nous avons perdu pratiquement 2 ans en nous occupant surtout sur l’institutionnel. Et à ce moment-là, on ne s’est pas préoccupé de l’équilibre global des budgets, non seulement de l’Etat fédéral mais aussi des Régions, des Communautés et des communes. Car quand on évoque la situation budgétaire belge vis-à-vis de l’Europe, elle concerne tous les pouvoirs publics confondus.

Comment qualifier la politique qui devra être menée ?

Autant le dire : nous allons entrer dans une période d’austérité absolue. On ne pourra pas éviter les coupes sombres.

Concrètement, quelles mesures allez-vous prendre ?

Il faut trouver des mesures qui, de manière certaine, nous amènent au résultat attendu à un certain moment. Il faut casser des systèmes qui, structurellement, créent l’accroissement des dépenses. Nous allons passer au crible toute la structure des dépenses fédérales dont certaines augmentent chaque année de manière structurelle. Il faut tout revoir et freiner les augmentations dont certaines dépassent le pourcentage de croissance.

Les citoyens vont-ils devoir participer à cette austérité. A quelle ampleur ?

Au niveau de la fiscalité directe, il est difficile d’accroître encore la charge. Nous vivons dans un pays où le citoyen contribue déjà très largement au financement des pouvoirs publics par le biais de la fiscalité. Donc, je le répète, c’est plutôt du côté des dépenses qu’il va falloir travailler.

Il y a encore du "gras" ?

Il n’y a plus de "gras". Mais il faudra quand même dépenser moins.

Y compris en sécurité sociale ?

Là, c’est vrai qu’il y a un problème structurel. Il est prévu que les dépenses en matière de sécurité sociale puissent augmenter de 4,5 % plus l’indexation. Or la croissance économique est négative c’est impossible à tenir.

Politiquement, ce sera difficile. Le PS a toujours dit : pas touche à la Sécu.

Je sais que ce sera difficile parce que s’il y a bien un fleuron dont on peut être fier dans ce pays, c’est bien la sécurité sociale. Mais ce rythme de croissance .

Donc, au niveau de la fiscalité directe, là vous êtes catégorique : l'impôt n'augmentera pas ?

il faut me laisser le temps de réfléchir. Mais on ne peut pas être contre-productif : il faut que la machine économique continue à tourner. Car dès qu’on touche au pouvoir d’achat, on risque de freiner encore l’activité économique, ce qui n’est pas bon pour le budget de l’Etat.

Donc, il faut agir du côté des dépenses...

Oui, du côté des dépenses et des transferts qu’on a organisés vers les entités fédérées. Il va falloir, à l’avenir, responsabiliser davantage les entités fédérées. Un exemple : les Communautés peuvent décider d’augmenter les pensions de leurs fonctionnaires. C’est sympathique, mais c’est l’Etat fédéral qui paye !

Quand vous étiez ministre bruxellois, vous ne disiez pas cela...

Pas du tout, la situation bruxelloise est très spécifique. Il y a un problème structurel dans le financement de la Région bruxelloise. Il faut le corriger, même si ce problème est d’une autre dimension que ceux de l’Etat fédéral : le problème budgétaire bruxellois peut être en partie résolu par un effort de 0,1 % du budget fédéral.

A la rentrée, comment allez-vous travailler ?

Nous devons d’abord, pour le 20 septembre, définir la trajectoire budgétaire pour l’Union européenne. Ensuite nous confectionnerons les budgets 2010 et 2011.

Vous enchaînerez ensuite avec la négociation institutionnelle...

Ce sera intimement lié puisque nous y discuterons évidemment de la responsabilisation des entités fédérées. Fini de transférer des moyens Il faudra clarifier notre système et rendre tout cela plus limpide. Et bien sûr, régler nos problèmes belgo-belges qui n’ont rien à voir avec le budget mais qui sont plutôt symboliques.

Dans la discussion sur BHV, vous serez plutôt bruxellois modéré ou flamand-flamand...

(rires) Moi j’essaye surtout d’être pragmatique. Je ne crois pas que l’extension des limites de la Région bruxelloise soit la solution. Pour bien gérer cette région-ville, le mieux est de rester dans le cadre actuel, avec des pouvoirs accrus de la Région dans différentes matières : transports publics et urbanisme, par exemple. Cela n’exclut pas, par ailleurs, d’augmenter la collaboration entre la région de Bruxelles-capitale et les deux provinces du Brabant flamand et du Brabant wallon.

Donc, on scinde BHV, on n'élargit pas Bruxelles... Et rien pour les francophones de la périphérie ?

Est-ce que ces minorités dans la périphérie se sentent non respectées ? J’habite Evere. J’ai beaucoup de copains en périphérie : je n’en connais pas beaucoup qui se sentent opprimés ou mal traités. Cela dit, les Flamands ont aussi quelques responsabilités. Quand ils décident de construire de nouveaux ensembles en périphérie, ils ne doivent pas s’étonner si ce sont des francophones qui quittent la capitale pour venir s’y habiter