Courtisé par tous les partis démocratiques, début des années 80, José Happart avait finalement décidé - lors d'un rendez-vous avec l'histoire qui restera dans toutes les mémoires ? - de militer au sein des troupes de Guy Spitaels, le «dieu» des socialistes de l'époque. Au faîte de son combat pour le retour à Liège des Fourons, dans les années 80, il représentait un réservoir inouï de voix, capable qu'il était de capter l'intérêt et les suffrages d'une grande majorité de Wallons, quelles que soient leurs origines géographique ou sociale. Happart mobilisait alors tant les énergies positives (ceux qui croyaient vraiment à son combat wallon) que les déçus de la politique. Populaire et populiste en quelque sorte.

Vingt ans plus tard, José Happart est toujours au PS. Il fait toujours partie des meubles... encombrants. Car il n'est plus le trophée que l'on expose à l'entrée de la maison. On l'a relégué dans une arrière-cuisine. Et peu de socialistes aujourd'hui se revendiquent encore de la pensée happartiste, même si l'homme conserve, à l'évidence, un potentiel électoral non négligeable.

A l'intérieur du PS, l'initiative de José Happart et de Jean-Claude Van Cauwenberghe fait sourire: «Au moins, cela donnera du travail au Parlement...» Les socialistes ne s'émeuvent guère de cette sortie: «Ils font cela avant tout pour exister». Il est vrai que l'échéance communale est proche. Voilà pour la forme. Mais sur le fond? «Cette constitution a plutôt tendance à les ringardiser. On peut se sentir profondément wallon sans pour autant vouloir le repli que proposent José Happart et ses amis. Leur initiative est tout sauf moderne.»

Oublier le logement social

Car en aucun cas, la proposition de constitution wallonne n'exprime la position du Parti socialiste. Van Cau avait annoncé qu'il déposerait d'abord le texte au bureau du parti, qui se réunit tous les lundis, pour y susciter un débat. Mais il semble avoir préféré la voie médiatique. D'autres socialistes sont plus grinçants: ce sont les scandales du logement social qui ont provoqué le réveil des régionalistes. Van Cau fait tout pour qu'on oublie la «Carolo». Il est bien trop heureux que l'on parle de lui, aujourd'hui, à l'occasion de la sortie de cette constitution.

Ce réveil régionaliste ne gêne-t-il pas Di Rupo, lui qui plaide pour la solidarité intrafrancophone? Pour autant que ce débat reste dans les compétences wallonnes, il ne semble pas troubler outre mesure le président du PS, même s'il faudra qu'il gère les régionalistes lorsque le PS affinera ses positions francophones. Il y a quand même un peu de crispation. Car ce texte, font remarquer des socialistes, ne prépare en rien la discussion institutionnelle de l'an prochain. Or la priorité actuelle du président du PS est bien celle-là. On lui prête d'ailleurs l'intention de prendre, prochainement, une initiative destinée à préparer les francophones à cette grand-messe institutionnelle. Pas un show médiatique, assure-t-on, mais un pas décisif destiné à mobiliser toutes les forces politiques et autres.

Pour le boulevard de l'Empereur, la réponse à apporter aux Flamands qui attendent 2007 comme le grand soir, ne se trouve certainement pas dans cette constitution wallonne. Mais si cela peut occuper Happart, Van Cau et Cie, pourquoi ne pas les laisser jouer?

© La Libre Belgique 2006