Étudiants et diplômés en dentisterie à l’ULB dénoncent harcèlements physiques et moraux. L’un des enseignants obligeait les élèves à acheter du matériel neuf, via un fournisseur qu’il gérait personnellement…

Lundi, la RTBF révélait l’existence d’un rapport remis à la direction de l’Université libre de Bruxelles (ULB). Menée par le bureau des étudiants en médecine, cette enquête de 97 pages délivre nombre de témoignages relatant de nombreuses pratiques de harcèlement physique et moral, menées par un noyau d’enseignants et assistants en dentisterie. Le dossier tente, à travers un questionnaire destiné à l’origine aux médecins stagiaires dans le cadre d’un travail de fin d’études, de cerner au plus près la nature des faits dont les professeurs et enseignants sont accusés.

Coups, humiliations en public, insultes, remarques déplacées et racistes… : voici ce qui est décrit par plusieurs étudiants. "Depuis qu’on a reçu ce rapport, d’autres rapports et lettres d’étudiants sont remontés témoignant de faits similaires", explique Nicolas Dassonville, chef de cabinet du recteur de l’ULB Yvon Englert. "Ces documents datent d’il y a deux ans plus ou moins. On est en train d’essayer de comprendre pourquoi ça n’a pas été pris en compte."

Manon (prénom d’emprunt), est une ancienne étudiante de la même année que les nombreux élèves ayant témoigné. Diplômée il y a déjà cinq ans, elle conserve certains souvenirs très clairs d’humiliations causées par ses professeurs. "Un jour, un assistant m’a fait faire un exercice devant tout l’auditoire. Comme je n’y arrivais pas, il m’a traitée de conne et m’a dit de retourner à ma place", raconte-t-elle. "Un de mes enseignants aimait beaucoup nous humilier devant les patients aussi. Un jour, je n’arrivais pas à placer un outil dans la bouche du patient et il m’a traitée d’incapable devant lui. Ensuite, il m’a prise entre quatre yeux pour me dire que j’étais un danger public et que je ne serais jamais dentiste."

À noter que ce même enseignant fait l’objet du plus grand nombre de plaintes. Il est l’un des professeurs suspendus suite à la réception de ce rapport. "Quand je suis sortie de mes cinq années d’études, j’avais, comme la plupart de mes camarades qui avaient subi le même sort, très peu confiance en moi. C’est ma sixième année de stage qui m’a permis de me relever."

À côté des agressions morales, Manon parle aussi des injustices auxquelles les élèves en dentisterie font face sur le plan financier. "Quand on a fini notre deuxième, on était super contents. Et puis on est entré en troisième et on s’est rendu compte qu’on avait plus de 3 000 euros de frais de matériel à payer sur toute l’année. C’est très compliqué de s’en sortir quand on est étudiant et qu’on doit payer de telles sommes", poursuit la dentiste.

"Mais le pire dans tout ça, c’est qu’un enseignant en particulier nous obligeait à acheter une certaine marque de matériel et refusait qu’on achète du seconde main. Il jouait les intermédiaires entre nous et un fournisseur et nous n’avions pas d’autre choix que d’acheter ce qu’il nous disait." L’enseignant dont Manon parle est lui aussi suspendu depuis ce lundi. Une étudiante confirme : "Il oblige les étudiants à acheter du matériel neuf d’une société dans laquelle il a des parts."

À la suite de ces révélations, une procédure disciplinaire à charge et à décharge sera ouverte mardi prochain et deux enseignants spécialement visés par le rapport ont été suspendus lundi à titre provisoire.

C’est ce qu’explique Yvon Englert dans une vidéo qui s’adresse aux élèves qui ont subi des harcèlements pendant leurs études. "Deux enseignants particulièrement incriminés ont été suspendus. Ceci ne préjuge pas l’issue de la procédure disciplinaire", précise le recteur. "Cette suspension est pour ramener l’université à la sérénité, surtout en période d’examen."

"Je suis personnellement choqué par cette affaire qui n’aurait pas dû se produire", conclut Yvon Englert avant de présenter ses excuses aux victimes de harcèlement.