«Trop is te veel». Pour le Groupe Mémoire qui rassemble les responsables et les porte-parole des principales associations patriotiques de prisonniers politiques et de résistants de 40-45, le Vlaams Belang pousse vraiment le bouchon trop loin. Ainsi lorsqu'il réclame et affirme impunément, parfois jusque dans l'enceinte du Palais de la Nation, «que la Belgique crève» mais aussi en distillant, sans la moindre gêne, des idées qui rappellent furieusement celles des fascistes d'hier. Pire, la cour d'Appel de Gand a reconnu le caractère raciste du Blok qui s'est contenté de changer de nom. Et le voilà reparti à l'assaut d'un électorat plus large encore. C'est ce qui a amené le Dr André Wynen, ancien résistant et prisonnier politique à demander au Groupe Mémoire de contacter le sommet du gouvernement fédéral afin d'envisager l'interdiction pure et simple du Vlaams Belang. Une démarche applaudie à l'unanimité du groupe y compris au Nord du pays car ce groupe est toujours national, comptant d'ailleurs plusieurs présidents flamands dans ses rangs.

Le raisonnement des «anciens» est clair: «Il y a 60 ans, les Alliés ont demandé la capitulation sans conditions de l'Allemagne nazie; chez nous, on ne cesse de louvoyer et les néo-fascistes ne cessent de se développer».

Une démarche a donc été lancée auprès du Premier ministre et des quatre vice-Premiers. A ce jour cependant, seule Laurette Onkelinx a reçu une délégation composée du Dr Wynen mais aussi d'Arthur Haulot et de Paul Sobol, respectivement au nom des prisonniers politiques et des déportés raciaux, soulignant, soit dit en passant, qu'il n'y a pas de différences entre les victimes du nazisme.

Le Dr Wynen a souligné qu'il avait déjà entrepris une démarche similaire lors de l'adoption du décret Suykerbuyk qui visait à amnistier par la bande certains collaborateurs flamands. Mais il s'était heurté à la plus grande indifférence du Premier ministre de l'époque qui n'était autre que Jean-Luc Dehaene.

Les «anciens» sont forcément très conscients que l'on ne peut interdire telle quelle une formation politique mais ils ont proposé d'étudier de nouvelles conditions d'éligibilité. «Pour être admis à se présenter aux élections ont expliqué les «anciens», un parti politique devrait publiquement déclarer que ses programmes sont conformes à la Déclaration universelle des droits de l'Homme des Nations unies et qu'il est prêt, en cas de contestation, à en répondre devant la justice. Une condamnation pour non-respect d'une quelconque disposition de cette déclaration, impliquerait automatiquement une interdiction faite à ce parti politique de présenter des listes électorales.

La vice-Première ministre a reconnu que la question était perçue différemment en Flandre mais a fait remarquer que le gouvernement dans son ensemble étudiait toutes les pistes pour contrer l'expansion de l'extrême droite. Pour les «anciens», «c'est bien la moindre des choses en cette année de commémorations de la fin de la Seconde Guerre!»

© La Libre Belgique 2005