Maître Michel Vlies est devenu, voici quelques jours, le nouveau bâtonnier de l’Ordre français des avocats du barreau de Bruxelles. Il succède dans ces fonctions à Me Jean-Pierre Buyle et dirigera donc ces deux prochaines années une "armée" de 4 200 avocats.

Natif de Nieuport, le bâtonnier, âgé de 54 ans, a bouclé des études de droit à l’ULB avant d’entrer, en 1984, au barreau de la capitale. Il a intégré le cabinet Elegis en 2008.

Son prédécesseur a vécu un mandat mouvementé, qui a correspondu avec l’entrée en vigueur compliquée de la loi Salduz (prévoyant l’assistance d’un avocat aux côtés de tout suspect privé de liberté dès son premier interrogatoire), avec la crise de l’aide juridique (la grève des avocats francophones pro Deo, qui s’estimaient trop mal payés, a duré des semaines) et avec le dédoublement du parquet et des juridictions de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles.

Ces étapes ont été franchies et Me Vlies sera débarrassé de la patate chaude. "N’en croyez rien", nous confiait-il mercredi. "L’aide juridique doit être réformée en profondeur. L’engagement de ramener la valeur du point (NdlR : les prestations des avocats pro Deo sont rémunérées sur la base de points) à son niveau d’il y a deux ans n’est qu’une réponse a minima à un problème beaucoup plus complexe, qui est celui de l’accès à la justice des justiciables et de la qualité du service que les avocats peuvent leur apporter. Les permanences Salduz ont repris mais la façon dont les avocats qui les assurent travaillent laisse toujours à désirer. Quant à la réforme du BHV judiciaire, elle est sans doute meilleure que la réforme du BHV politique mais la question de la définition des cadres demeure entière et sa résolution sera tout sauf une partie de plaisir".

Quand on fait remarquer à Me Vlies que le problème concerne avant tout les magistrats, il réagit : "Il concerne aussi les avocats car c’est d’arriéré judiciaire que l’on parle. A Bruxelles, en, raison d’exigences linguistiques extravagantes, on a toujours manqué de magistrats francophones et cela a créé un arriéré extrêmement frustrant pour les clients des avocats, lesquels sont, en quelque sorte, entre le marteau et l’enclume. La réforme de BHV judiciaire n’a pas automatiquement réglé la situation. Il faudra rétablir l’équilibre et se montrer vigilant pour faire respecter l’accord gouvernemental".

La priorité du nouveau bâtonnier se situe toutefois ailleurs. Il est convaincu qu’il est temps de réformer le stage auquel tout nouvel avocat est soumis. "L’accent doit être mis ou remis sur la nécessité pour les jeunes stagiaires de se frotter aux différentes réalités du métier. Or, ce n’est plus vraiment le cas, spécialement à Bruxelles. La structure multiforme du barreau bruxellois encourage d’une certaine façon la spécialisation des avocats stagiaires. De plus en plus souvent, ils travaillent un seul type de matière. Il faut trouver une formule leur permettant de multiplier les contacts avec d’autres branches du droit et de se frotter aux différentes facettes du travail de terrain. D’ici la rentrée judiciaire de septembre 2013, nous définirons de nouvelles obligations particulières dans le cadre du stage avant, avec l’ensemble des bâtonniers francophones et germanophone, de modifier le réglement général de celui-ci".

Me Vlies entend aussi exploiter la durée de son mandat pour tenter de mettre au point un système permettant aux avocats de pouvoir calculer leurs frais et honoraires de façon plus claire, un système de nature aussi à expliquer au justiciable le caractère réaliste de ces montants. "Je veux casser l’image de l’avocat bourgeois gagnant bien sa vie quasiment sans rien faire. C’était peut-être vrai au XIXe siècle, cela ne l’est plus au XXIe."

Quoi qu’il en soit, Me Vlies est convaincu de l’utilité de travailler en parfaite collaboration avec les autres barreaux réunis au sein de l’OBFG (devenu avocats.be, voir ci-dessous). "Le barreau de Bruxelles vit des situations et des pratiques parfois différentes de celles des autres barreaux, mais j’appelle évidemment à une collaboration étroite." Et avec le barreau bruxellois néerlandophone ? "Idem, bien sûr, mais en n’oubliant pas que - c’est la loi qui veut cela - nous appartenons à des ordres communautaires différents."