Un avant-projet de décret approuvé en première lecture par l’Olivier francophone entend faciliter l’accès au supérieur des étudiants dits “à besoins spécifiques”. Il établit une série d’aménagements que les universités et Hautes Ecoles devront réaliser afin de favoriser en leur sein l’accueil de ces personnes. La Libre a recueilli le témoignage de Manon.  

Manon est étudiante en troisième année de baccalauréat en Information et Communication à l’UCL. Depuis sa naissance, elle souffre d’une infirmité motrice cérébrale (IMC). Elle ne sait pas marcher et se voit limitée dans certains de ses mouvements. Depuis trois ans, elle "kote" sur le site universitaire néolouvaniste et se déplace exclusivement en chaise motorisée. Elle raconte : "Pendant mes études primaires et secondaires, j’ai toujours suivi l’enseignement ordinaire. Mais cela n’a pas été simple pour mes parents de trouver une école qui veuille bien, ou plutôt qui soit en mesure de m’accueillir. Au fil des années, les mentalités ont changé. Mais j’avais quand même une certaine appréhension au moment de quitter la rhéto. Dans quelle unif allais-je aller ? Et serait-ce possible ?"

"J’avais entendu dire que les personnes à besoins spécifiques étaient plutôt bien aidées à l’UCL. Un an avant de m’y inscrire, j’ai eu des contacts avec le service d’aide de l’unif, et plus particulièrement avec l’une de ses assistantes sociales. Je l’ai rencontrée et je lui ai posé toutes les questions qui me taraudaient : comment et où trouver un logement adapté, comment me rendre aux cours, comment combiner vie médicale, vie étudiante et vie estudiantine, etc.

"Parallèlement à cela, j’avais une accompagnatrice chargée de m’aider sur le plan pédagogique. C’est elle qui venait avec moi à la bibliothèque lorsque je devais me procurer des ouvrages, c’est elle qui se chargeait de faire des appels en auditoires pour demander aux autres étudiants de bien vouloir me passer leurs notes - je sais écrire, ce n’est pas le problème, mais j’écris beaucoup plus lentement que quelqu’un d’autre -, c’est aussi elle qui contactait mes profs en périodes d’examens pour signaler qu’ils avaient une étudiante à besoins spécifiques dans leur auditoire et que, par conséquent, j’avais droit à des aménagements (plus de temps, etc.).

"Non, franchement, sur le plan de l’accompagnement individualisé, je dois dire que je n’ai pas à me plaindre. Mais cela, ce n’est pas spécifique aux personnes handicapées. En fait, je bénéficie de ce qu’ils appellent à l’UCL le statut PEPS, pour "projet pour étudiant à profils spécifiques"." Depuis novembre 2011, effectivement, l’UCL a choisi de rassembler sous un label unique les étudiants qui, de par un handicap, une maladie grave, une activité sportive ou artistique de haut niveau, ne peuvent s’engager dans un cursus universitaire sans aménagements particuliers.

"Par contre, c’est sûr que sur le plan des infrastructures, il y a encore beaucoup de progrès à faire. Sur le site Internet de l’université, ce n’est pas clair. Il est mentionné le nom des auditoires qui sont accessibles via le sigle "handicapé", mais il n’est pas précisé comment s’y rendre. Il n’y aucune indication dans les rues, ni dans les auditoires. A vrai dire, c’est plus par expérience que l’on sait à quel endroit il y a un ascenseur ou pas, que l’on sait si l’on doit faire un détour par je ne sais quel coin de la ville. Quand je ne connaissais pas encore le site, il m’est arrivé de me retrouver devant l’auditoire, de voir une volée d’escaliers et de me dire : "Mince, je fais quoi maintenant ?" Il m’est aussi arrivé de ne pas aller en cours parce que je savais qu’il n’y avait pas d’accès à l’auditoire.

"C’est pourquoi, je pense qu’il faudrait mieux renseigner les entrées spéciales pour les étudiants invalides, installer des rampes, mais aussi des portes automatiques dans les ascenseurs et dans les auditoires. Parce que quand vous êtes en chaise roulante et que vous devez tirer ou pousser une porte qui fait je ne sais combien de kilos, c’est une vraie galère !

"Pendant mes trois années de bac, j’ai fait partie d’un kot à projet qui visait à sensibiliser les étudiants aux handicaps physiques et sensoriels. Avec l’un de mes cokoteurs, on avait ainsi lancé l’idée de faire une sorte de cartographie de la ville pour tenter de voir, avec les malvoyants et les handicapés moteurs, comment aller d’un point A de la ville à un point B, quel était le parcours le plus sûr, le plus facile et le plus rapide. Mais on s’est très vite rendu compte que c’était un projet colossal et que cela devait se faire sur plusieurs années. L’idée est toujours en cours aujourd’hui, mais c’est sûr que l’idéal serait d’avoir le soutien des autorités académiques. Je pense qu’il y a eu des tentatives de leur côté, mais je reconnais ne pas savoir comment les faire bouger sur cette problématique-là. Moi, toute seule, je n’y arriverai pas en tout cas."

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