Forcé de s’occuper de son père atteint de la maladie d’Alzheimer, il n’a plus vu d’issue. C’est en quelque sorte ainsi que Christophe B., 33 ans, justifie son geste. Ce week-end, il a tué son père de 63 ans, dans leur maison du centre-ville de Wavre. "Il a expliqué que son père, malade d’Alzheimer de façon relativement profonde, demandait beaucoup d’attention et de soins, détaille Jean-Claude Elslander, procureur du Roi de Nivelles. Qu’il avait fait des demandes de placement depuis un certain temps, encore samedi matin, mais qu’il n’y avait pas de place. " La mère de Christophe étant hospitalisée, c’est lui qui s’occupait de son père. Le jeune homme a indiqué avoir de plus en plus de mal à gérer son emploi du temps. Samedi, il avait rendu visite à sa mère après avoir donné un somnifère à son père. A son retour, Christophe aurait encore assisté à une "scène insupportable" . Il a alors étouffé son père avec des coussins et est parti chez sa sœur. Visiblement sous influence de la boisson, il lui a raconté, dans des propos peu clairs, avoir tué son père. Il est ensuite retourné chez lui. Dans la matinée, la sœur a téléphoné en vain à son père et à sa mère. Elle a finalement averti une voisine.

Dans le voisinage, justement, on confirme que José, le père, "ne savait plus raisonner", mais on rapporte également qu’il avait souffert jusqu’il y a peu de problèmes d’alcool et avait pu se montrer violent. Les mots échangés avec le fils pouvaient aussi être durs. Apporter des soins à un mari devenu très dépendant était aussi devenu pénible pour Josiane, l’épouse. "Comme elle ne s’en sortait plus, elle a demandé il y a environ un mois à ce qu’il soit placé à La Closière, (NdlR : la maison de repos du CPAS de Wavre ). Mais cette place pour son mari était au quartier des Hirondelles, un quartier fermé avec un code pour les personnes malades d’Alzheimer. Et donc elle n’a pas voulu l’y mettre", rapporte-t-on dans le voisinage. Toujours selon les voisins, José avait aussi déjà été accepté dans des cliniques des environs, notamment lorsque son épouse avait dû précédemment être opérée. La Croix Jaune et Blanche venait aussi s’occuper de José. Au CPAS local, on refuse de commenter ce cas particulier, mais on explique qu’il existe un système à Wavre pour prendre en charge les personnes atteintes d’Alzheimer. "C’est vrai qu’il y a une liste d’attente à la maison de repos et de soins, une liste d’attente au quartier des Hirondelles (NdlR : pour celui-ci, actuellement 4 personnes pour environ 30 places), dit la présidente du CPAS. M ais on essaie de donner la priorité aux cas les plus graves. L’hospitalisation d’un aidant proche peut être considéré comme une urgence sociale pour intégrer les Hirondelles. Mais encore faut-il qu’une place se libère. On ne peut pas non plus aller au-delà du nombre. Mais sur demande du médecin traitant, on peut aussi envoyer une personne à domicile en urgence. On a un service d’aide aux familles de 33 personnes qui peuvent aider les personnes âgées, servir de garde-malades "

Nathalie Demortier remarque que l’aspect fermé par code des Hirondelles, le quartier destiné aux malades d’Alzheimer, "cela fait peur. Mais on est obligé, car les gens peuvent s’enfuir. Ils n’ont plus la notion des réalités La maladie d’Alzheimer, c’est quelque chose de très lourd à gérer pour la famille. Il faut vraiment soutenir les proches " Elle constate aussi qu’il y a un manque de structures adaptées aux malades de type Alzheimer dans le Brabant wallon (qui souffre aussi de manière générale d’un déficit de places d’accueil pour les seniors). Et la demande s’accroît, car la population vit de plus en plus vieille. La maison de repos que le CPAS wavrien espère construire en 2011 comprendra d’ailleurs un espace en "place de village" spécialement adapté à l’Alzheimer.

Quant à Christophe B., il a reconnu les faits et a été placé sous mandat d’arrêt du chef de parricide.