Vissoul, commune de Burdinne, nous y voilà. Un coup d’œil à gauche, puis à droite, on regarde, on observe. Ah, la voilà, à coup sûr, c’est celle-là. Blanche, carrée, de petites fenêtres symétriques et une jolie barrière en guise de portail, l’ancienne ferme ne manque pas de charme. Tout devant, on reconnaît la voiture ministérielle.

A notre arrivée, Bernadette Prignon, alias "Madame Reynders", est déjà sur le perron. Une coïncidence, en fait. Elle accompagne son mari et l’une de ses filles qui s’apprêtent à se rendre chez le médecin, un nourrisson dans les bras. "Rien de grave ?", lance-t-on. "Non, seulement un peu de fièvre mais vous savez, quand on est grands-parents, on s’alarme parfois un peu plus vite", répond l’épouse du ministre des Affaires étrangères en souriant.

Quatre fois parents et tout récemment grands-parents de jumeaux, Madame Reynders et son époux ont choisi de passer leurs vacances en famille dans leur maison de campagne. Un bien qu’ils ont acquis il y a 18 ans maintenant et dont ils entendent profiter dès que possible. "Avant, on y venait tous les week-ends et jours fériés. Depuis que Didier est aux Affaires étrangères, on y vient un peu moins forcément, voyages professionnels obligent".

On entre. Première pièce, le cadre est saisissant. Tableaux, statuettes et autres meubles exotiques, ambiance africaine assurée. "Quand j’accompagne mon mari à l’étranger, j’essaye toujours de ramener un petit quelque chose du pays visité". Pièce suivante, changement de décor. Epoque Charles X. Plutôt plaisant. On s’assied. Elle raconte. "Le soleil, la verdure, le vélo, les promenades, la lecture et les petits-déjeuners sur la terrasse le matin, c’est vraiment notre havre de paix ici. Et puis, vous savez, quand vous passez les trois quarts de votre temps à l’étranger, vous n’avez plus toujours envie de reprendre un avion une fois en congé".

C’est sur les bancs de l’université que Bernadette Prignon fait la rencontre de celui qui deviendra son époux. "Didier et moi faisions tous les deux des études de droit, moi une année au-dessus parce que j’avais été avancée d’un an. Mais nous avions pris le même cours à option, un cours d’économie si je me souviens bien".

Elle s’arrête un instant, puis poursuit : "On se destinait plutôt à être avocats. En fait, c’est un peu un hasard si mon mari est entré en politique". Alors ministre de la Justice, Jean Gol, Liégeois, recrute parmi les fraîchement diplômés de l’ULg. "Didier a été recommandé par ses profs. Jean Gol lui a simplement demandé s’il avait une autre carte de parti, ce qui n’était pas le cas. Nous ne venions pas du tout de familles politisées. Pour ma part, j’aspirais particulièrement à la magistrature".

Objectif atteint. A 55 ans, Bernadette Prignon est aujourd’hui présidente de chambre à la cour d’appel de Liège. Une profession qui la passionne, déclare-t-elle, et qu’elle n’a jamais pensé à arrêter malgré sa volonté de suivre son mari dès que possible. "Je suis des matières très juridiques d’assurances, de ventes et de réparations de dommages. C’est un métier très intellectuel qui demande beaucoup d’énergie. C’est un métier stressant, parfois usant avec le temps, mais que je n’ai jamais pensé à arrêter. Il me permet d’exister par moi-même, cela fait partie de mon identité. Et je pense que c’est aussi cela qui fait que nous avons trouvé un équilibre de vie avec mon mari : je ne vis pas par son métier". Elle réfléchit un instant, puis expose : "Maintenant, c’est sûr que j’ai toujours fait preuve d’une extrême prudence dans ma profession pour éviter que l’on me reproche quoi que ce soit du fait de mon statut "femme de ministre". Par exemple, lorsque Didier était aux Finances, j’ai toujours évité de prendre les dossiers relatifs à cette matière". Et d’ajouter : "Pour le reste, j’ai toujours recherché la discrétion dans ma profession de façon à ne jamais créer le moindre doute aux yeux du justiciable. Pour vivre heureux, vivons cachés, comme on dit".

"On a parfois encaissé en silence…"

Ceci étant, cela n’empêche pas Madame Reynders d’accompagner son mari en missions "affaires étrangères" dès que son emploi du temps le lui permet. "Inde, Etats-Unis, Afrique à plusieurs reprises, j’essaye d’accompagner Didier dès que possible. C’est toujours plus plaisant pour lui. Auxquels cas ce sont les autorités locales qui m’invitent. Mais c’est sûr qu’avec quatre enfants, quatre petits-enfants, un boulot à temps plein et pour le moment trois maisons encore (Liège, Uccle et Vissou l), cela fait pas mal d’occupations".

Avoir un époux ministre, c’est difficile ? "C’est sûr qu’il y a des aspects plus pesants de la profession que l’on doit supporter au quotidien. Je dis toujours que la politique exercée à ce niveau-là, c’est un combat de boxe permanent. Vous avez autant d’ennemis dans les autres partis politiques que dans votre propre famille politique". Allusion à la crise interne au MR ? "Mon mari voulait à tout prix assurer l’unité du parti. Il aurait pu dire ses quatre vérités à un tas de gens, il ne l’a pas fait dans l’intérêt du parti. Et nous, on a encaissé en silence. C’était particulièrement pénible".

Et de terminer : "Avec beaucoup de modestie, je dirais que ce qui fait la force de Didier, c’est son socle familial fort. Que ce soit ses parents, sa sœur, son frère, ses enfants, ses petits-enfants et moi-même, il sait qu’il pourra toujours compter sur nous. Quant à notre couple, Didier et moi avons toujours œuvré pour lui. Je dis toujours : il y a Didier, il y a moi, et il y a notre couple. Comme dans toute relation amoureuse, c’est donnant-donnant : j’ai toujours beaucoup accompagné mon mari, il m’a toujours intégrée à sa vie professionnelle".