Qu'est ce qui vous a le plus marqué au cours des douze derniers mois ?

Tout d'abord, pour faire une analogie avec un ordinateur, on pourrait dire qu'il y a un problème de software. Le hardware est solide : on a un parlement, un gouvernement paritaire, un système de majorités spéciales, une sonnette d'alarme. Mais il y a un problème avec les attitudes de l'élite politique. L'empathie, la compréhension mutuelle et la volonté d'arriver à des compromis n'y sont plus. Les positions sont plus tranchées, les comportements plus agressifs.

Et puis, il y une sorte de lassitude de l'opinion publique dans les trois Régions, liée à la longueur de la crise. Toute discussion politique normale, que ce soit sur des peupliers transgéniques ou sur le Congo, prend un tour communautaire. Et si l'élite ressent les choses comme cela, la population finit par en faire autant et par se dire que la société belge ne fonctionne plus. Il y a quelque chose de cassé. Cela ne veut pas dire qu'il soit impossible de recoller les morceaux mais ce sera très long, parce qu'on est allés très loin. Normalement, à un moment donné, les élites devraient calmer le jeu et essayer de trouver des solutions mais ce réflexe-là n'existe plus.

Comment voyez-vous la suite ?

On veut régler tous les problèmes pour le 15 juillet mais politiquement, et même humainement, c'est pratiquement impossible. A cette date, on fera probablement une déclaration sur des principes très généraux pour tenter de conclure au plus tard début octobre.

A ce moment-là, on risque de constater que c'est impossible de se mettre d'accord sur des mesures concrètes - les élections seront alors très proches - et de se retrouver avec une sorte de gouvernement de crise ou d'unité nationale jusqu'en juin 2009. Je suis pessimiste. J'espère franchement que l'on trouvera une solution cet été pour la réforme de l'Etat et les problèmes socio-économiques mais si on réussit, ce sera un miracle.