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n entrant dans le XXIe siècle, la Wallonie s’était dotée d’une encyclopédie en trois gros volumes rassemblant plus de 6 500 notices sur tous les grands acteurs, mais aussi sur les associations et les partis qui ont contribué de manière tangible à son affirmation politique et culturelle.

Une très utile initiative de l’Institut Jules Destrée qui compléta ainsi les travaux de grands précurseurs en la matière comme Hervé Hasquin ou Léopold Genicot - pour ne citer qu’eux - à côté d’ouvrages souvent hagiographiques ou franchement partisans. La publication de l’Encyclopédie contribua aussi à la prise de conscience d’une identité wallonne dans une optique plurielle et pluraliste bienvenue. D’autant plus que cette identité est très ouverte et nullement exclusive puisque peuvent s’y retrouver tous ceux qui vivent en terre wallonne sans devoir renoncer à leurs racines, le métissage culturel et social y étant une réalité de longue date.

L’Encyclopédie du Mouvement wallon ne fut forcément pas exhaustive : la période étudiée s’étala, en effet, de la fin du XIXe siècle jusqu’à 1980. C’est-à-dire plus ou moins de la période de l’affirmation politique de la Wallonie jusqu’à l’adoption des lois d’août 80, les premières réunions du Conseil régional wallon "définitif" et le moment où l’Exécutif régional wallon fut sorti du gouvernement central. Un travail titanesque confié aux chercheurs de l’Institut qui, pour l’occasion, firent aussi appel à des spécialistes de tous bords et de tous horizons qui pouvaient éclairer spécifiquement certains événements majeurs dans la prise de conscience wallonne.

L’Institut ne pouvait évidemment pas en rester là. Et pour cause Puisque depuis lors le pouvoir politique régional wallon est de plus en plus autonome. Et ce n’est pas fini quand on voit l’évolution récente des esprits

Bref, si l’on disposait d’un outil sur les racines de la Wallonie émergente, il s’imposait de s’intéresser désormais aux acteurs qui la mirent sur les rails.

"Le 30e anniversaire des lois de 80 était une bonne occasion de prendre date et de publier un quatrième volume consacré à ceux qui ont mis la Wallonie en mouvement", explique Philippe Destatte, le directeur de l’IJD à la base du projet avec Paul Delforge qui en fut le principal artisan. "Ce fut un travail de longue haleine, commente ce dernier . Mais qui valait la peine puisqu’il se caractériserait à la fois par son indépendance, par ses innovations et par une certaine compétence que notre Institut essaie de cultiver." Il y avait cependant un risque : retracer l’Histoire récente conduit à se confronter à des acteurs encore vivants et ces derniers, faiblesse on ne peut plus humaine, peuvent avoir la tentation de réinterpréter leur passé sous un jour favorable

Résultat : Paul Delforge s’est renseigné aux meilleures sources, plutôt deux fois qu’une, mais il s’est logiquement refusé de contacter les trois quarts des personnalités évoquées encore en vie afin de ne pas biaiser l’approche par rapport à ceux qui ne sont plus de ce monde.

Le résultat est pour le moins impressionnant, puisqu’on y retrouve le parcours personnel de 425 parlementaires et ministres wallons qui ont siégé entre 1974 - en ce temps-là, la régionalisation n’était que "provisoire" - et le 7 juin 2009, date des dernières élections régionales.

Mais ce ne sont pas de simples notices biographiques, loin s’en faut : "Nous avons retracé le parcours professionnel et politique de chaque parlementaire ou ministre en mettant l’accent sur ses activités wallonnes. En même temps, nous avons tenu à développer le contexte pour mieux comprendre ou pour se rappeler les vicissitudes de l’évolution politique et institutionnelle de ces dernières décennies." Ce qui permet de franchir une étape supplémentaire puisqu’"à travers le parcours des individus, c’est l’histoire de la Région wallonne qui se profile avec ses tensions, ses enjeux, ses défis".

Le souci du détail est très grand puisque notice est précédée de plusieurs dates qui renvoient aux moments où les intéressé(e)s exerçaient une fonction parlementaire ou ministérielle wallonne. En outre, chaque notice a été confrontée à diverses sources officielles ou non ce qui donne des portraits finalement très vivants et jamais lassants.

Le quatrième tome de l’Encyclopédie du Mouvement wallon se caractérise aussi par une iconographie de qualité : l’on y trouve des photos très originales de préférence à un moment proche des lois de 1980. Ce qui permet de découvrir des Reynders, Maystadt et autre Michel Foret à l’aspect très juvénile, mais aussi de revivre les temps forts qui ont vraiment lancé la Wallonie.

Une Encyclopédie ne se lit pas d’un trait, mais on peut s’y plonger de façon récurrente sans modération, que l’on soit historien, journaliste, homme politique ou tout simplement citoyen. De Wallonie, mais aussi de Bruxelles, voire de Flandre, question de mieux comprendre les arcanes de ce qui (ne) se négocie (pas) de ces temps-ci pour rénover la maison Belgique

Encyclopédie du Mouvement wallon; Parlementaires et ministres de la Wallonie (1974-2009) T IV, Institut Jules Destrée, 600 pp, plus de 300 illus, 85 €.