La Belgique découvre en 2007 un fait divers sordide avec l'affaire Geneviève Lhermitte. Originaire de Nivelles, cette mère de famille a égorgé ses 5 enfants. En mars dernier, dans la province de Liège, Rita Henkinet avait ôté la vie de ses deux enfants handicapés. Ces derniers jours, de nouveaux faits divers de ce type ont mobilisé certains médias. Exemple en France, où un triple infanticide a été commis à Barc-le-Duc (Lorraine).

Mais qu'est-ce qui peut pousser des parents à agir de la sorte? L'infanticide peut-il être vu comme un acte désespéré? 

Les raisons d'une folie meurtrière

Cette pratique répréhensible existe depuis très longtemps dans l'Histoire de l'humanité. Au Moyen Age, le taux de mortalité infantile à la naissance était très élevé, de 30 à 50%. En plus des conditions de santé et d'hygiène précaires, l'infanticide tenait une place importante. Cela peut sembler étrange mais les infanticides sont en baisse. Dans notre société, la mortalité infantile a fortement diminué et la majorité des grossesses sont désirées.

En fonction du contexte politique, économique et social, certains pays sont plus touchés que d'autres. En Chine, plusieurs homicides ont été commis en raison de la politique de l'enfant unique. Les filles chinoises sont les plus concernées car elles ne correspondent pas aux espérances de la société qui favorise la naissance d'un garçon unique. Depuis quelques jours, le gouvernement chinois a mis un terme à cette politique.

Mais comment expliquer le passage à l'acte? Pour le Dr Benoît Gillain, chef du service Psychiatrie à la Clinique Saint-Pierre d'Ottignies, " il y a toujours une part de mystère dans le passage à l'acte". Plusieurs facteurs peuvent expliquer un infanticide comme la dépression, une croyance qui occulte le réel et l'isolement. Celui-ci peut se traduire par une exclusion de l'enfant de la part de son entourage familial. Le trouble du jugement est aussi un facteur qui peut pousser un parent à tuer son enfant. " La personne meurtrière est dans une grande difficulté car elle est dans le faire et non dans le dire"   et par conséquent " elle est dans l'incapacité d'expliquer son geste", déclare le psychiatre.

Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'infanticide est perçu comme un acte généreux pour les parents auteurs de cet homicide. L'infanticide dit "salvateur" concerne les parents qui agissent pour le "bien" de leur progéniture, en danger dans le monde qui les entoure, selon eux. Dans ce cas, le meurtre est en général suivi d'un suicide. Se donner la mort est vu comme l'ultime solution pour échapper à un monde hostile. Comme ce fut le cas, chez nous, avec l'affaire Geneviève Lhermitte en 2007. 

Certaines femmes " ne sont pas capables de vivre un statut de mère, l'enfant n'existe pas et est considéré comme un corps étranger", souligne le Dr Gillain. Un déni de grossesse peut avoir des conséquences dramatiques. La France en a été témoin en 2006 lors du triple infanticide de Véronique Courjault.

Le poids médiatique 

Dans les médias, les infanticides occupent une place particulière. " Dès qu'il est question de la mort d'un enfant, les médias sont particulièrement attentifs à cela, surtout depuis l'affaire Dutroux", explique Marc Lits, directeur de l'Observatoire du récit médiatique (ORM) de l'Université Catholique de Louvain. Aujourd'hui, nous assistons à une grande médiatisation de l'infanticide. " Cet intérêt des médias pour un sujet sensible et délicat contribue à de nombreux débats avec des experts et/ou des politiques", déclare M. Lits. Moins présentes qu'à certaines périodes de l'Histoire, " les morts d'enfants sont médiatisées parce que différents faits se produisent à des intervalles réguliers", affirme Marc Lits. Celui-ci ajoute que " les cas récents d'infanticides remettent en lumière les anciennes affaires".

Les faits divers ne sont plus du ressort des magazines à sensation, désormais ils sont présents dans tous les médias. Selon le directeur de l'ORM, " on traite le fait divers comme un fait de société et on essaie de le contextualiser". De plus on a " une volonté de comprendre les rapports familiaux et surtout le rapport à l'enfant", conclut Marc Lits.